cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

J’ai peint pour être prince – Pierre Michon

J’ai peint pour être prince.
J’avais peut-être douze ans. C’était le plein été, l’heure du soir où il fait encore chaud, mais les ombres tournent. Je faisais glander des porcs dans un bois de chênes vers Nemi, en contrebas d’un grand chemin ; j’avais écorcé une baguette et m’étais beaucoup réjoui d’en frapper ces grosses bêtes ineptes passant à ma portée. Je m’en étais lassé et me contentais de briser à toute volée les fougères, les fleurs hautaines du sous-bois, dont ma violence exaltait les odeurs ; j’aimais user de ce fléau. J’entendis venir de loin une voiture lourde, à petit train ; je me cachai et me tins coi : le plein soleil frappait la route et j’étais là dans l’ombre à regarder cette route au soleil, pas plus haut que la terre, invisible. À dix pas de moi et de mes porcs dans la lumière de l’été un carrosse s’arrêta, peint, chiffré, avec des bandes d’azur ; de cette caisse armoriée jaillit une fille très parée qui riait, elle courut comme vers moi ; elle m’offrit ses dents blanches, la fougue de ses yeux ; toujours riant elle se suspendit à la limite de l’ombre, résolument me tourna le dos, un interminable instant elle se campa dans ce soleil marbré de feuilles où flambèrent ses cheveux, ses jupes d’azur énorme, le blanc de ses mains et l’or de ses poignets, et quand dans un rêve ces mains se portèrent à ses jupes et les levèrent, les cuisses et les fesses prodigieuses me furent données, comme si c’était du jour, mais un jour plus épais ; brutalement tout cela s’accroupit et pissa (…) Dans le carrosse, dont la porte peinte battait encore un peu tant la pisseuse l’avait allègrement poussée, il y avait un homme accoudé, en pourpoint de soie défait, qui la regardait. Il avait autant de dentelles à son col qu’elle en avait aux fesses ; il souriait comme on le fait quand nul ne nous voit sourire, avec du dédain et un plaisir mélangé, à la fois modeste et fat, avec une tendresse féroce (…)
D’un bon la femme fut debout, le flamboiement ordinaire des jupes recouvrit celui des cuisses ; elle revint au carrosse, plus lente que tout à l’heure, avec complaisance et de l’affectation dans la démarche (…) Il lui baisa la main, l’empoigna un instant sous ses jupes, puis, cérémonieux, lointain, fit claquer hors de la portière deux doigts : chevaux et cocher, qui sont des morceaux de carrosse, obéirent à ce petit bruit qu’ils connaissaient et docilement emportèrent vers Rome leur délicate cargaison (…) Ces chairs diverses donc s’éloignèrent et cela fit en partant de la poussière comme un troupeau de moutons. Je ne sais si j’eus ce qu’on appelle du plaisir ce jour-là, j’étais encore petit. J’allai à l’endroit où elle avait levé ses jupes ; j’allai à l’endroit où le carrosse s’était arrêté, la petite place consacrée où je calculai que s’était tenu le prince ; j’y regardai l’orée, l’arbre exact sous lequel la fille avait pissé pour ses yeux. Je baisai ce que j’imaginais d’une main blanche, je dis tout haut le mot qui désigne les basses putains, je fis claquer deux doigts. Les arbres dans la lumière étaient immenses, nombreux, inépuisables.

Le roi du bois

Les êtres que j’aime – Journal 2013-2016 – Gabriel Matzneff

Lundi 22 juin (2015). Levé à 7 heures. Toilette, gymnastique. Petit déjeuner protéiné (café noir sans sucre, jambon, oeufs brouillés, ricotta fraîche). Hier, comme la veille, j’ai dîné d’un yaourt nature.

Marie-Agnès. Elle m’a utilisé tel un jouet, un pantin, puis, dès qu’elle a estimé que cette distraction sexuelle risquait de compliquer sa vie bourgeoise, de la troubler, elle m’a jeté à la poubelle avec froideur, désinvolture. J’espère qu’elle ne l’emportera pas au paradis ; qu’après ma mort Dieu me vengera.

Les êtres que j’aime, j’ai besoin de leur présence. Quand ils sont absents, ils me manquent. Ce qui me frappe et, au cours de mon existence, m’a toujours frappé, c’est la facilité avec laquelle les gens qui m’aiment se passent de ma présence, se passent de moi. Les filles,, qui m’aiment d’amour, mais aussi, trop souvent, les amis qui m’aiment d’amitié.
Mes adversaires me tiennent pour un cynique, mais ils font erreur. Le trait de caractère qui me définit le mieux n’est pas le cynisme, c’est une extraordinaire ingénuité.
Cynique, si je l’étais, je souffrirais moins. Hélas, je ne le suis pas. Je suis un ingénu, un naïf. Dans des livres parus il y a plus de trente ans – romans, essais, journaux intimes-, j’ai écrit des vérités définitives sur l’aptitude des femmes à baisser le rideau de fer, à gratter, refuser, oublier (ou feindre d’oublier) leur passé. Sur ce point je devrais donc être bronzé, cuirassé, inatteignable. Et cependant je ne le suis pas, mon ingénuité, ma confiance en l’autre font que, lorsque la trahison surgit, je suis aussi surpris, blessé que si, ces vérités, je ne les avais pas vécues, observées, éprouvées, décrites dans mes livres. Oui, un incurable naïf. Incurable et donc vulnérable.
Je suis un eudémoniste qui aura connu des bonheurs d’une intensité suprême et, simultanément, n’aura jamais cessé d’avancer de douleur en douleur. Je pourrais le déplorer, je m’en réjouis, car si j’avais été un eudémoniste toujours ivre de félicité je n’aurais pas écrit les livres que j’ai écrits, je n’aurais pas écrit une seule ligne. Grâce à Dieu, l’eudémonisme a ses failles, et le poète s’y engouffre.

*

Le vent de cette porte claquée

Le vent de cette porte claquée… ainsi Nazim Hikmet parle du suicide. Il sait de quoi il parle. Laura s’est suicidée, elle avait 24 ans. Le vent de cette porte claquée. Il ne s’agit pas ici de faire pleurer dans les chaumières, le sujet est ailleurs, dans l’écoute, au-delà de toute raison, religiosité, affect.
Onze ans après, je me lève le mercredi 12 mars, je prends un premier café dans le salon rouge et rose de notre maison. La veille, un ami qui faisait la foire de Chatou voulait me présenter sa nouvelle petite amie. Il pleuvait à torrent cette après-midi là et nous ne fûmes pas dérangés. Cette jeune femme inconnue m’a parlé deux heures durant de sa mère, incroyable, terminant par un terrible constat « je crois que j’ai peur d’elle ».  Je repense à cette conversation. Je dis : Laura, pardonne-moi si je t’ai fait peur. J’entends immédiatement le mot Grâce dans ma tête ; ça ne me semble pas du tout étrange, je lisais un livre sur la grâce d’Erri De Luca. Je prends un autre café. J’entends « prends le livre ». Je pense au livre d’Erri. Ne le trouve pas. J’entends « monte, prends le livre ». Nous avions une bibliothèque au premier. Docile, je monte. Quel livre ? J’ai pas eu à hésiter. Comme accompagnée, ma main s’est portée vers un des deux volumes des oeuvres d’Eluard dans la Pléïade (qu’Urli m’avait offerts et que je n’avais plus ouverts depuis la mort de Laura, la poésie était bannie de ma vie à ces moments). D’un geste sûr je retire le carton. Je me vois encore. Ce geste sûr. Pourquoi ce tome et pas l’autre ? En tombe une enveloppe Pour ma maman, cette dernière lettre. Je crois n’avoir jamais tremblé autant de ma vie.
La lettre était là depuis onze ans.

Alors quand j’ai de petits chagrins comme en ce moment, ils ne sont rien.
Le merveilleux existe bien. Les faits sont tenaces.

Ce soir-là,

C’est une nuit froide de novembre. Je suis toute seule dans la pénombre de ce jardin. Seules lumières, celles des fenêtres de la vaste maison où se déroule la fête. Je me suis isolée, fuyant la musique, les rires, les amis, pressentant l’annonce à venir. Je tremble, j’ai si peur, perdue, gelée dans cette stupide veste à paillettes que j’ai envie de déchirer, de mettre de pièces. Soudain, un vent. Un vent d’une froideur inouïe me traverse. Me plie en deux. J’ai su. On me cherche. Je rentre. Je ne dis rien. Les paillettes scintillèrent et toi, tu t’en allas. Et je ne m’y fais pas.
Mais le mystère est ailleurs. Cette nuit-là, cette date-là, trois ans jour pour jour après Urli, j’y vois une gentillesse une tendresse pour que je pleure moins. Je vous pleure un même jour.
Me restent des dernières heures passées près de toi, mon Clem, ces caresses matinales, ces mots doux, ces regards, ce baiser si chaud sur mon bras nu, le gauche. Tu t’es rendormi dans notre lit. Je devais partir. I love you au téléphone. À tout à l’heure. Et ce vent…

 

 

 

 

Fuguer – Patrick Modiano

Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. Le pente était glissante (…)
Au cours de cette période de ma vie, et depuis l’âge de onze ans, les fugues ont joué un grand rôle. Fugues des pensionnats, fuite de Paris par un train de nuit le jour où je devais me présenter à la caserne de Reuilly pour mon service militaire, rendez-vous auxquels je ne me rendais pas, ou phrases rituelles pour m’esquiver : « Attendez, je vais chercher des cigarettes… », et cette promesse que j’ai dû faire des dizaines et des dizaines de fois, sans jamais la tenir : « Je reviens tout de suite. »
Aujourd’hui, j’en éprouve du remords (…)
Mais la seule chose dont je peux rendre compte, ce sont des détails concrets, des lieux et des moments précis. En particulier, cet après-midi de l’été 65 où je me trouvais devant le zinc d’un café étroit du début du boulevard Saint-Michel qui tranchait sur les autres cafés du quartier (…) J’ai compris, cet après-midi là, que je m’étais laissé dériver et que, si je ne réagissais pas tout de suite, le courant m’emporterait. J’étais persuadé que je ne risquais rien et que je bénéficiais d’une sorte d’immunité en ma qualité de spectateur nocturne – le surnom que s’était donné un écrivain du dix-huitième siècle qui explorait les mystères des nuits parisiennes. Mais là, ma curiosité m’avait entraîné un peu trop loin. J’ai senti ce qu’on appelle « le vent du boulet ». Je devais disparaître au plus vite si je ne voulais pas avoir d’ennuis. Ce serait pour moi une fugue beaucoup plus importante que les autres. J’avais atteint le fond et il ne restait plus qu’à donner un grand coup de talon pour remonter à la surface.

La nudité – Pascal Quignard

Comment croire qu’on peut approcher de l’amour sans sacrifier le langage, l’ordre, les rôles, les formes ? Partager le grand secret de la nudité exige aussitôt de le garder : celle ou celui qui aime reçoit le dépôt de la nudité de celui ou celle qui aime. Aussi celle nous nous aime est-elle celle qui garde le secret de notre véritable misère, de notre incomplétude et nous lui assurons en retour le même secret puisqu’elle nous confie à son tour sa nudité en dépôt.
Si le langage apparaît, l’union disparaît. Si le langage apparaît, le voyeur apparaît, la société apparaît, la famille réapparaît, la division divisante, post-sexuelle, réapparaît, l’ordre, la morale, le pouvoir, la hiérarchie, la loi intériorisée affluent (…)

Huit sont les témoins de l’amour : le coeur qui pince, les membres qui se refusent, le corps exténué, la langue nouée, la maigreur, les larmes, le secret, l’ardeur sexuelle solitaire. Tels sont les huit témoins de l’amour-passion.

Huit sont les conséquences de l’amour. L’amour hâte le coeur, éteint les maux, écarte la mort, défait les liens qui ne le concernent pas, augmente le jour, raccourcit la nuit, rend l’âme audacieuse, illumine le soleil. Tels sont les huit effets de l’amour-passion.

Vie secrète

Je suis tellement simple – Correspondance Rilke/Salomé

Car je crois que vous m’avez un peu appris, hier soir, à maintenir grandes et profondes ces paroles nues : « Je suis tellement simple. » Cette phrase doit être la clef de mon langage chiffré. Puisse-t-il toucher de son pouvoir franc comme l’or mes moindres paroles et ruisseler vers toi comme du coeur d’une châsse gothique, le fleuve étincelant de mes innombrables tendresses.
Et chaque pensée fugitive, chaque désir, chaque rêve sera dissimulé dans mes paroles. Vous les reconnaîtrez tous.
Hier, dans la nuit, j’ai regagné ma chambre avec un sourire.
Rilke à Lou, Munich, jeudi 3 juin 1897

Un jour, dans bien des années, tu comprendras tout à fait ce que tu es pour moi.
Ce qu’est la source de montagne à l’assoiffé (…)
Ma limpide source ! Quelle reconnaissance j’aurai pour toi. Je ne veux plus voir de fleurs, de ciel, de soleil – autrement qu’en toi. Tout est tellement plus beau, plus fabuleux tel que tu le regardes (…)
Je voudrais te glisser des fleurs dans les cheveux. Lesquelles ? Aucune n’est d’une simplicité assez touchante, assez simple. Dans quel mai les cueillir ? – Mais je crois maintenant que tu as toujours dans les cheveux une guirlande – ou une couronne… Je ne t’ai jamais vue autrement.
Je ne t’ai jamais vue, que je n’aie eu envie de te prier. Je ne t’ai jamais entendue, que je n’aie eu envie de croire en toi. Je ne t’ai jamais attendue, que je n’aie eu envie de souffrir pour toi. Je ne t’ai jamais désirée, que je n’aie eu aussi le droit de m’agenouiller devant toi (…) Je suis à toi comme la dernière petite étoile l’est à la nuit, quand même la nuit la distinguerait à peine et ignorerait son scintillement.
Munich, mardi 8 juin 1897

Quelle chance il aurait celui qui aurait le droit de vous embrasser – Essaie et tu verras ! – Tchekhov

Ossip

Je me promène le long de la rivière, et brusquement je la vois. Elle est dans l’eau, la jupe troussée, elle boit. Je m’arrête. Je la regarde. Elle ne fait pas attention à moi. Je suis un moujik ! Alors, je lui parle. Je lui dis : « Votre Excellence, ce n’est pas possible, vous n’aimez sûrement pas l’eau de la rivière ? – Tiens ta langue, dit-elle, va faire ton travail. » Elle dit cela et ne me regarde plus. J’ai honte, honte. « Pourquoi restes-tu planté là, imbécile, me dit-elle, tu n’as jamais vu de femme ? » et elle me regarde droit dans les yeux : « ou bien est-ce que je te plairais ? » Je réponds : « Oh ! Votre Excellence, je ne peux pas me permettre de vous dire comme vous me plaisez. » Ça la fait rire, alors je dis : « Quelle chance il aurait, celui qui aurait le droit de vous embrasser. C’est un coup à faire tomber raide un bonhomme, sûr ! – Parfait, dit-elle, essaie et tu verras ! » C’est comme ça que ça a commencé. Je m’approche d’elle, elle ne bronche pas. Je la prends par les épaules et je l’embrasse. Je l’embrasse sur la bouche (…)
Elle a éclaté de rire. « Et maintenant, elle dit, tombe raide mort ! » (…)
Je suis resté tranquillement à me fourrager la barbe comme un idiot. Alors, elle : « Espèce de fou, retourne travailler, coupe-toi les ongles et lave-toi si tu en as l’occasion. » Elle est partie. Voilà comme ça a commencé.

Ce fou de Platonov
Acte II, Scène 1

Les noms illustres – Erri De Luca

Dans un marché en plein air, l’été en Finlande, j’ai vu sur un panier de pommes de terre un écriteau portant le nom de la variété : Van Gogh. Ces pommes de terre portaient son nom. Parce qu’il peignit le plus émouvant hommage à cette nourriture héroïque et solitaire dans le tableau : « Les mangeurs de pommes de terre ».
Quel honneur, son propre nom sur l’éventaire d’un maraîcher. Les noms illustres finissent d’habitude dans des listes de rues, sur la porte d’une école, sur un timbre-poste : ils finissent dans un somptueux rebut. Mais quelqu’un dont le nom retentit sur les places de marché, là où l’espèce humaine se dispute, sourit, se salue, celui-là a reçu le plus grand des prix à la mémoire.
Celui qui rien qu’une seule fois a flotté en vol avec un parapente sait que le vent est un moyen de transport et que l’air est un ascenseur. Dans la nature, tout va volontiers contre le force de gravité, des herbes aux marées. Le soleil chauffe un versant de montagne, une colonne d’air s’élève comme une catapulte. Le courant ascensionnel est un chant qui se détache d’une gorge et porte vers le haut….
Un de mes amis a été réfugié en France pour des motifs politiques pendant un quart de siècle. Le temps d’exil lui a donné raison, sa capture est définitivement arrivée à échéance. Il a maintenant une carte d’identité, il la sort volontiers de sa poche, il la montre, comme d’autres font avec la photo de leurs enfants.
Il dit : « Ce qui est émouvant pour moi, ce n’est pas tant de posséder de nouveau un passeport, avec mon nom, mais de savoir que je peux le perdre. »
Je crois que ce sentiment est à l’opposé de celui de l’artiste qui a un talent provisoire et redoute de le voir s’évanouir. Il faut aller à l’école de l’exil pour connaître la joie de perdre ses propres papiers.

Le chanteur muet des rues

c’était un plaisir de vivre, avoir de la nuit dans le sang et de vivre en riant – Yannick Haenel

Je me suis dirigé vers la chambre. C’était une joie de retrouver l’hirondelle et le manuscrit, mon entassement de livres, mes papiers, mon merveilleux divan-lit ; même si je m’étais absenté qu’une nuit, j’avais l’impression de les avoir quittés depuis trop longtemps, d’avoir délaissé l’unique lieu où je respire vraiment, d’avoir déserté ma solitude, ce point que je conçois comme une étoile.
J’étais ivre et lourd, j’avais mal à la tête, mais c’était un plaisir de vivre, d’avoir de la nuit dans le sang et de vivre en riant. Oui, j’avais tant de nuit en moi que je me sentais comme Dom Juan, dont la soif immense à la fois le tourmente et le protège : les êtres sont presque tous fossilisés ; pas lui.
Il y en a qui demandent des signes, d’autres recherchent la sagesse : quant à moi, je me laisse entraîner par un mouvement qui ne s’ordonne à aucune raison. Est-ce de la folie ? Je ne crois pas ; même au coeur de l’ivresse, lorsque tout se brouille – lorsque mon esprit s’efface -, je distingue une lueur : c’est une ligne discrète, mais elle brille suffisamment pour qu’un sentier s’y creuse.
Alors, peu importe qu’il soit impossible de recevoir ce qui se donne ainsi, peu importe que cette chance ne s’exprime qu’à travers une lumière qui se dérobe : en demeurant allongé dans ma chambre, il m’a toujours semblé que je m’accordais à cette vérité dont on ne peut témoigner que par le silence.

Tiens ferme ta couronne

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