cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

superbement disponible, joyeux et neuf – Jean-Claude Pirotte

Je parcourais des paysages verts aux ciels immenses, gorgés de vent, les yeux baignés de cette lumière sourde aux larges mouvements qui est celle de la Hollande, et je m’arrêtais pour déjeuner de concombres et d’omelettes aux chanterelles dans des auberges aux longs toits de chaume ou des paysans polis et laconiques trempaient leurs moustache claire dans de petits verres évasés au fond desquels une pincée de sucre attendrissait l’âpreté jaunâtre du vieux genièvre. Il me semblait que je n’avais pas assez de mon regard pour m’éblouir de toutes les visions que je recueillais au long de ces journées où j’allais seul, superbement disponible, joyeux et neuf, en quête d’un pays dont l’âme était mon âme, et je me découvrais en lui, sachant déjà qu’à jamais je lui resterais fidèle, dussé-je le perdre, comme je devinais que soi-même on se perd dans les méandres de la vie et des phrases, en dépit de toute fidélité. Mon bonheur s’aggravait de se savoir fragile. Je rêvais que plus tard, je reviendrais parcourir ces Gueldres et ces Frises avec celle que j’aimerais, et que, de cette beauté confuse qui m’étouffait, je pourrais alors faire don ; ce partage recréerait les jours perdus de l’enfance, et le coeur serait enfin satisfait. La possession du monde ne pouvait être illusoire.
Mais au diable ce lyrisme infantile.

La pluie à Rethel

Il y a toutes sortes de loups – Charles Perrault

On voit ici… que de jeunes filles,
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.

Le Petit Chaperon rouge)

Le moine

Il fait si beau ce matin-là d’avril. Le jardin du Luxembourg retrouve enfin sa luxuriance. Pourquoi mes pas se dévient-ils du chemin me ramenant vers la maison ? Je me laisse mener vers une allée ombragée, à l’écart. De loin j’aperçois un moine très jeune, assis au soleil, tout à sa lecture. L’impulsion. Pourquoi vais-je direct vers lui, on n’en sait rien. La question s’impose d’elle-même :
Bonjour. Puis-je vous poser une question ?
– Mais oui.
– Comment sait-on quand on entend en nous une voix, si celle-ci vient ou non de notre imagination ?
Il me regarde. Penche la tête. Réfléchit.
Un temps.
Et souriant, heureux je trouve, me répond :
Tout ce qui nous étonne.
Tout ce qui nous étonne ne peut venir de notre imagination.
J’ai envie de l’embrasser le jeune moine. Ne le fais pas. D’une main lui touche l’épaule, et je pars. Il reprend sa lecture sur la Résurrection après un dernier sourire.

Les Corps vulnérables – Jean-Louis Baudry

Marie voulait revoir Porquerolles. Nous avons pris le car pour Hyères. Jour de marché, rues encombrées, nous avons couru jusqu’à la gare maritime et sauté dans le bateau juste au moment où il se détachait du quai. L’île, en ces jours reculés de la saison, vidée de ses touristes, n’abritait plus que des autochtones et de rares vacanciers qui ressemblaient à des immigrés en attente de visa. Nous avons déposé nos sacs à l’hôtel, déjeuné frugalement et nous sommes partis explorer tout l’ouest de l’île, nous réservant l’autre moitié pour le lendemain. Le vent soufflait, la pluie menaçait. J’achetai le K-way bleu marine qui est toujours dans mon armoire. Le chemin nous conduisait jusqu’au rivage, presque à la pointe de l’île. Je retrouvais la végétation rabougrie, rêche et crispée, recroquevillée et acérée des autres îles, de même que les rochers, des schistes, ocre foncé, à la texture feuilletée. Un chien vint pacifiquement à notre rencontre ou, plutôt, nous l’avons vu surgir au détour d’un chemin. Il nous attendait patiemment, envoyé là tout exprès pour nous accompagner. Il nous jeta un long regard d’intelligence, parut satisfait mais point étonné par nos paroles. Il les acceptait avec calme et décence, sans s’abaisser par des remuements de queue intempestifs et des hochements de tête à des démonstrations de servilité canine. C’est ainsi que je me figurais, au retour d’Ulysse, l’accueil de son vieux chien. Il trottinait, nous précédant, ou nous laissait partir. Il s’arrêtait quand nous nous arrêtions. Certes, ce ne pouvait être qu’un dieu incarné dans l’apparence d’un chien. Le poil soyeux d’un blanc ivoire

Hélas ! un malotru orné de deux donzelles monta et fit sonner des musiques nouvelles – William Cliff

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Au matin cette misère fut balayée
quand un rayon solaire perçant les nuages
répandit sa lumière sur l’émerveillée
nature parsemée de cristaux qui l’embrasent,

ceux que la pluie avait déposés longuement
pendant la nuit faisant éclater la verdure
sur toute la campagne brillant à présent
et scintillant d’une étincelante parure.

Hélas ! un malotru orné de deux donzelles
monta et fit sonner des musiques « nouvelles »
dont il voulait nous imposer le plein régime.

Comme je le priais de les vouloir baisser
il les poussa plus fort, et du coup je hurlai :
alors comme un couard, il stoppa sa machine.

121

« Espèce de crapule ! » que je lui gueulai,
« Moi ? moi ? une crapule ? » osa-t-il me répondre,
mais pour tout réponse je le fusillai
comme trouant de mon regard sa tronche immonde.

Or la gare d’Ottigniës nous sépara,
et marchant sur le quai pour ma correspondance,
je sentis dans mon ventre une invincible joie,
celle d’avoir écrasé la grosse arrogance

de la bêtise qui veut s’imposer partout.
Je déteste ce temps qui se met à genoux
et accepte d’être ainsi toujours humilié :

y avait une fille voulant étudier
qui dut changer de place à cause de ce monstre,
n’est pas révoltant ce que cela démontre ?

Matières fermées
Poème

Boire en Suisse – Marc Fumaroli

Boire en Suisse.  L’expression se rattache à des clichés anciens qui prétendent décrire un caractère national supposé. Louis Sébastien Mercier écrit à la veille de la Révolution : « Leur (celle des Suisses portiers à Paris) lourde physionomie ne paraît s’animer un peu qu’aux bals, lorsque le buffet est copieusement garni. Ils semblent tous porter écrit sur leurs fronts : Nous n’aimons qu’à boire » (Tableau de Paris, chap. CCCLXX « Portiers »). On lit plus tard : « Le soldat a le point d’honneur de ne jamais manger ou boire seul. Cette loi est tellement sacrée, que celui qui passerait pour la violer serait rejeté de la société militaire et on dirait de lui : il boit avec son suisse, et le mot est une proscription » (Jérôme Léon Vidal et J. Delmart, La Caserne, moeurs militaires, 1833). Lorédan Larchey cite Vidal et commente : « Le premier exemple donne la clef du mot. Le soldat ne peut boire avec son suisse (concierge), puisqu’il n’en a pas, donc il boit seul. Ironie inventée pour rappeler quelque engagé d’opulente famille aux règles de la fraternité » (Dictionnaire historique…, 1872).

Le livre des métaphores

Idiotie – Pierre Guyotat

Paris, automne 1958, sous le pont de l’Alma, autour de minuit, troisième nuit dehors de notre échappée à Paris depuis Lyon où, sortant de neuf années de pensionnat, lycéen en philosophie, je vis chez le jeune frère de mon père, psychiatre.
Sur notre tapis de tente recouvrant les pavés entre deux coulées de pisse séchées – se lancer dans le sale, l’approcher, le toucher, le traiter, vivre enfin comme un homme passe par ce contact, ce « partage » de la misère, les saints s’y sont sanctifiés, ainsi devrai-je, de quelle façon ? y confronter mon goût du net, de l’ordre -, nous nous faufilons dans nos sacs de couchage ; François s’endort ; j’ai dans la poche de ma veste roulée dans mon sac à dos une petite photo noir et blanc de sa soeur de quinze ans qui avance vers moi la photographiant en gros plan sa frimousse riante, blonde dans le réel. Les lumières des bateaux éclairent le dessous noir des arches ; l’eau clapote – corps de noyés, dépouilles de chiens battus ; plus loin les feux des bateaux, des péniches d’habitation se mélangent aux faisceaux des projecteurs du Champ-de-Mars sur la Tour.
Il dort, tête hors du sac sur le capuchon, bouche ouverte ; j’entends gargouiller son ventre : depuis midi, rien qu’une baguette pour deux de gros appétits. Demain, la faim.

Les lèvres – Nabokov

Le plus volumineux dictionnaire de la bibliothèque indiquait à l’article Lèvres : « Chacun des deux plis charnus entourant un orifice. »
L’aimable Emile (c’est ainsi qu’Ada appelait M. Littré) s’exprimait en ces termes : « Partie extérieure et charnue qui forme le contour de la bouche… les deux bords d’une plaie simple. » (C’est ainsi qu’avec nos plaies, nous parlons ; c’est que nous enfantons avec nos plaies!) « … C’est le membre qui lèche. » Ce cher Emile !
Une encyclopédie russe, petite mais épaisse ne voulait voir dans le mot gouba (lèvre) qu’un tribunal administratif de l’ancienne Liaska ou un golfe des régions arctiques.
Leurs lèvres étaient absurdement identiques, par la teinte et le tissu. La lèvre supérieure de Van ressemblait, pour la forme, à un oiseau de mer aux longues ailes qu’on voit venir de face. L’inférieure, pleine et maussade, communiquait à son expression ordinaire un semblant de brutalité. Rien de tel, certes, chez Ada ; à cela près, la ligne arquée de sa lèvre supérieure et l’épaisseur de la lèvre inférieure, avec sa moue dédaigneuse et son rose opaque, étaient une réplique, dans le mode féminin, de la bouche de Van. Pendant la « kissing phase » de leurs amourettes (quinze jours de longues embrassades humides et poisseuses point trop recommandables, au demeurant, pour leurs jeunes santés), un écran d’étrange pudibonderie parut s’interposer entre leurs corps altérés ; il était inévitable, cependant, que certains contacts et contre-contacts le traversassent comme les vibrations lointaines des signaux de détresse. Consciencieusement, inlassablement, délicatement, Van passait et repassait ses lèvres sur les lèvres d’Ada, rebroussant, taquinant leur velours brûlant, de haut en bas, de droite à gauche, en dedans, en dehors, à la vie à la mort, trouvant une saveur délectable dans le contraste entre la caresse ailée de l’idylle visible et la congestion brutale de la chair celée.
On pouvait imaginer d’autres baisers : « Je voudrais, lui dit-il un jour, goûter le dedans de ta bouche. Dieux, que j’aimerais être un Gulliver minuscule pour pouvoir explorer cette caverne.
– Je peux te prêter ma langue », proposa la fillette. Aussitôt dit, aussitôt fait.
Une grosse fraise bouillie, encore toute chaude. Il la dégustait, il l’avalait aussi loin qu’elle se laissait avaler, puis, enlaçant étroitement Ada, il lui lappait le palais. Leurs mentons étaient tout trempés de salive. « Moumouche », prévint-elle – et sans plus de façons elle glissa la main dans la poche du pantalon de Van ; mais elle la retira aussitôt et pria son compagnon de lui passer lui-même son mouchoir. Sans commentaire.

Ada ou l’Ardeur

Je marche dans Venise

Ça se voit, l’amie est inquiète. Partir sur un coup de tête, seule, à Venise, en Juin, elle va droit dans le mur. Je n’en tiens pas compte évidemment. Toute à ma joie retrouvée, je voulais m’extraire de la maison, je voulais retrouver les odeurs italiennes, je voulais les sons de Venise, je voulais déambuler via les Calle, passer des ponts, je voulais m’offrir des cadeaux, choisir des plats sur des menus, je voulais faire une valise, je voulais partir.
J’ai tout bien organisé. Réservé à l’hôtel que nous aimions, dans la rue du Harry’s Bar, une chambre donnant sur le délicieux petit Rio, le billet d’avion avec accueil taxi, etc… Un ami a tenu à m’accompagner à Roissy. Lui aussi, ne cachait pas son inquiétude. Dans la salle d’attente d’Air France,  j’étais la seule en jean et baskets ; tous en black, chaussures vernies ; ordinateurs sur les genoux, téléphone en main, tous connectés ailleurs, regards baissés. Ils partaient pour Venise, j’en revenais pas.
Une coupe de champagne pour la beauté du geste et enfin l’envol. D’un coup, la gêne, personne près de moi. Premier voyage seule. C’est dur. Alors j’ai dit à la chose « Casse-toi » et redemandé une coupe. Rien de nostalgique dans ce voyage, rien du tout, au contraire, une sorte d’exaltation, une ouverture ; je ne sais vraiment comment définir ce moment.
Vous êtes seule ? me demande, surpris, l’envoyé de l’hôtel à l’aéroport. Bonjour. Oui, seule. Il s’occupe de la valise. Nous prenons une voiture pour quelques mètres, je trouve ça singulier, j’aurai pu marcher. Bref, enfin le bateau-taxi et la lagune.
Quelle est belle cette lagune… Ciel opalin, douceur de l’air, sûrement la chaleur tout à l’heure, odeur du sel, couleurs toute en transparence. Venise, qui s’avance en tanguant, j’aurais voulu partager ça. Le noeud dans la gorge. – Dégage ! –
Et l’accueil. La chambre si vénitienne, confortable, élégante, fenêtres sur le rio, le jardinet, enfin le plaisir enfantin de tout regarder, de tout respirer, de tout aimer. Tu dois sortir Anna. Vas-y. Ose. Sortie par l’étroite Calle Vallaresso, déflagration immédiate. Je prends tout d’un coup. Au moins c’est fait ! Des couples des couples des couples. Une flopée. La ville semble n’être qu’une floraison de couples dont la place Saint Marc alimente sans cesse le flot. Ils se tiennent la main s’étreignent rient se parlent s’embrassent partagent un gâteau. J’étouffe. La solitude me prend me dépasse. J’ai mal. Dans cet état d’isolement extrême, me yeux ne retiennent que ces deux-là, l’échange d’un regard. J’ai envie de pleurer. De fuir. Je me retiens. Quelques restes des cours de yoga me permettent de reprendre souffle, me calment. Va ! Prends les ruelles, évite la place, va vers Dorsoduro, les Zattere…  Avec on ne sait quelle force, enfin mes premiers pas dans Venise. Résurrection. La magie de la ville fait son effet. Le nez en l’air j’me balade. Le sourire revient sur ce visage sûrement dévasté. Je marche je marche dans Venise. Je suis bien.
Faim… Taglioni aux scampi ou vongole ?
– Vous êtes seule ?
Illico, envie de lui foutre un pain, au gentil serveur. Je décide alors de prendre les devants pour tout, restaurants, musées, concerts. Bon d’accord. Est-ce que ça marche ? Oui à l’extérieur. Non à l’hôtel, allez savoir pourquoi. Elle est là la douleur quand j’entre dans l’immense salon pour le petit déjeuner le lendemain. J’aurais pu le prendre dans la chambre, mais j’aime tant ces fresques de Tiepolo (père). Je baisse les yeux. Bonjour timide à quelque voisin. Je choisis la table la plus isolée (chance, près d’une fresque). Un thé Darjeeling. J’hésite à me lever, moi la gourmande, choisir quelques viennoiseries et tant d’autres plaisirs sur cette immense table. Le troisième jour, plaisir d’oser prendre une coupe de champagne matinale. M’en est restée le goût à jamais. Quatrième jour, la libération. Spontanée. Telle une bulle de savon éclatant. Je marche avec légèreté, confiance retrouvée. Près d’un petit pont, on vient de l’autre côté, un américain connu, non pas quelque star du 7e art, non, un politique. Me croisant, il me regarde, me sourit. Je ne lui en ai pas voulu d’avoir autant menti sur l’Irak. Je lui souris aussi.
Sacré truc le sourire.
Et puis, le dernier jour ici.
La dernière visite dans le labyrinthe de mon cher Cannaregio
Les derniers pas sur les Zattere
Toucher une colonne aux Gesuati. Une pensée pour Sollers
Derniers gâteaux secs
Dernières vongole
Derniers vénitiens
Dernier vrai Bellini
Qu’est-ce que je ressens ? Force. Me sens forte. Forte des décisions qui se présentent d’elles-mêmes : vendre la maison de Chatou, retrouver Paris. Compris ce que me disait l’ami Marc  » Tu ne retires rien à Urli en aimant un autre ». Demander d’aimer encore. Je serais entendue.

L’hiver du mécontentement – Thomas B. Reverdy

Dans les périodes de vaches maigres il avait même accepté des boulots de manutentionnaire, ceux-là il n’y avait qu’à se baisser pour les ramasser. Il était alors payé pour promener des palettes de caisses de bières sur le parking des livraisons à l’arrière d’un supermarché, ou pour transporter à la minipelle des tuyaux de tuyaux de huit pouces – douze centimètres – de section, en fonte, de l’allée C à l’allée F, dans un entrepôt géant des bords de la Tamise.
Il avait été veilleur de nuit dans un hôtel borgne.
Barman remplaçant dans une demi-douzaine de pubs.
Chez Harrod’s, il avait vendu successivement de la charcuterie, des chaussures pour dames et des matelas « Queen size ».
Le job pour la British Petroleum dont on vient de le licencier n’avait franchement pas été de pire des boulots (…)
Depuis son licenciement, Jones survit en jouant le jeudi, parfois le vendredi soir, dans une boîte de cocktails et de jazz, le Nightingale’s. La clientèle d’oiseaux de nuit qui hantent les lieux lui ressemble un peu. Certaines serveuses sont des amies. Le reste du temps, Jones est chez lui. Il joue. Il joue comme un fou, toute la journée et souvent une bonne partie de la nuit. Il compose, dit-il. Ça ne nourrit pas son homme.
Ses joues se creusent légèrement. Il a sous les yeux des cernes bleus. Il s’en fout.
L’orgueil est chez Jones un organe plus sensible que l’estomac.
Il a l’air encore jeune, en allant sur sa quarantaine, et cela lui permet encore d’avoir l’air de quelque chose. Un jeune, ce n’est jamais tout à fait au chômage. Pas encore – c’est un jeune. D’expédients en petits boulots, Jones gagne, depuis des années, plus de temps que d’argent.

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