cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : septembre 2015

Paul Auster, Chronique d’Hiver

   Ce matin, tu te réveilles dans la pénombre d’une nouvelle aube de janvier, dans une lumière estompée, grisâtre, qui s’infiltre dans la chambre, et il y a le visage de ta femme tourné vers le tien, ses yeux clos – elle est encore profondément endormie, les couvertures remontées jusqu’au cou ne laissent apercevoir d’elle que sa tête, et tu t’émerveilles de la voir si belle, de la voir si jeune, même à présent, trente ans après la première fois que tu as dormi avec elle, après trente ans de vie commune sous le même toit à partager le même lit.

(…) : tu étais un amant insensé, et ça n’a pas changé.

Paul Auster « Chronique d’hiver » 

Actes Sud

Je cherche l’Italie

La porte du Paradis

   Je suis arrivé à Florence un matin de janvier. La lumière était grise ; une pluie glacée tourbillonnait sous les arcades du Vieux Marché. J’avais passé la nuit dans le Palatino, le train qui relie Paris à l’Italie, et voici qu’en traversant le quartier de San Lorenzo je riais de bonheur. J’étais trempé, mais la tempête ne m’atteignait pas : la simple idée de marcher dans la ville de Dante, de Masaccio, de Michel-Ange suffisait à ma joie.

   J’attendais tout de l’Italie : des aventures et du repos ; des sensations de feu ; de l’apaisement. Je désirais une vie large et bleue, loin des angles morts de la France. Je n’avais absolument aucun but : juste du temps, et une soif immense d’églises, de fresques, de sculptures ; comme le narrateur dans Proust, je brûlais « d’inscrire les dômes et les tours dans le plan de propre vie ».

Yannick Haenel « Je cherche l’Italie », récit, 2015 (coll. L’Infini)

Les petits matins Sagan

Les petits-matins Sagan, elle s’y attardait d’instinct, bien certaine d’y déjouer les vigilances sociales et, paradoxalement, d’y conjurer « la solitude aux hanches étroites ». Dans ce temps suspendu, on respire un air peu mémorable par lui-même, un air de rien, dont on comprend longtemps après qu’il remplissait la vie – et la justifiait.

 Jean-Paul Enthoven (La dernière femme)

 

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