cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Spinoza jour après jour, Pascal Quignard

   Dans sa bibliothèque, il possédait cent soixante livres. Il taillait des verres pour les lunettes astronomiques et pour les tubes des microscopes. Sa dépense journalière était de quatre sous et demi. Son repas consistait en une soupe au lait accommodée au beurre et un pot de bière. Il achetait la valeur de dix demi-pintes de vin dans le mois. Dès l’aube il travaillait devant son établi. Sur chaque pièce qu’il détachait, en maniant son diamant, du disque de verre, un fragment de rayon de lumière venait jouer. (…) Il fumait la pipe une fois le jour et à cette heure-là, si un ami se présentait, il commençait volontiers une partie au jeu d’échecs (…)

   Il écrivit « Seule une farouche superstition interdit de prendre des plaisirs. En quoi en effet convient-il mieux d’apaiser la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Telle est ma règle. Aucune divinité ne prend plaisir à mon impuissance et à ma peine. Au contraire, plus grande est la joie dont nous sommes affectés, plus grande est la perfection à laquelle nous passons. Il est donc d’un homme sage, dis-je, de faire servir à sa réfection des mets agréables, des boissons enivrantes, comme aussi les parfums pour le nez, l’agrément des plantes et des fleurs pour le regard, les parures qui ajoutent de la lumière sur les étoffes qui nous protègent, la musique pour les oreilles, les jeux et les caresses pour que le corps et les différents membres s’exercent, les spectacles et d’autres choses de même sorte dont chacun peut user sans dommage pour autrui. »

Pascal Quignard « Petits Traités »

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