cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : décembre 2015

J’imaginais beaucoup de choses…. Patti Smith

« J’imaginais beaucoup de choses. Que je resplendirais. Que je serais bonne »

Patti Smith (Glaneurs de rêves)B4KwfTICcAAUBnp

Venise et Nietzsche « Une pareille tendresse divine… »

1er mars 1879

   « Mardi 25 mars,à 7 h 45 du soir, j’arrive à Venise et vous m’embarquerez (…)      Je ne veux rien voir  autrement que par hasard. Mais m’asseoir sur la place Saint-Marc et écouter la fanfare militaire au soleil. Tous les jours de fête j’entendrai la Messe à San Marco. Je veux flâner bien tranquillement dans les jardins publics. Manger de bonnes figues. Et des huîtres. Le plus grand silence. J’apporterai quelques livres. Des bains chauds chez Barbere (j’ai l’adresse). »

21 octobre 1930, Lettre d’Eluard à Gala, Toi, tout ce que j’aime

21 octobre 1930 mardi matin

   Gala, cette nuit, jusqu’à 3 heures du matin, j’ai pensé à toi. Puis je me suis endormi pour rêver de toi. Je me sens très seul, et pourtant je me cherche des raisons d’espérer, sans cesse. Où est le temps où je ne me cherchais que des raisons de désespérer ? La présence de Nusch à côté de moi au moment où nous avons décidé de divorcer m’a empêché de me rendre compte de l’isolement dans lequel j’allais me trouver. Car ne ne crois pas que je puisse jamais vivre avec personne, Nusch pas plus qu’une autre. Je t’aime, Gala, depuis trop longtemps, j’ai trop longtemps vécu avec toi, trop longtemps j’ai, quoi que tu en penses, tout conformé à tes désirs, à tes rêves, à ta nature (…) Je ris doucement à l’idée que je voulais prendre chez moi (??) tout ce que j’aime. C’est un lapsus, ma Gala de toujours, mon excuse de vivre : je voulais dire : laisser chez toi tout ce que j’aime (…) J’irais te voir, toi, tout ce que j’aime, entourée de ce que je n’ai aimé que parce que tu existes.

Eluard – Grindel, Hôtel Régina, Avignon

Emportez-moi, Henri Michaux

   (…) Emportez-moi sans me briser, dans les baisers, Dans les poitrines qui se soulèvent et respirent, Sur les tapis des paumes et leur sourire, Dans les corridors des os longs et des articulations.

             Emportez-moi,

Henri Michaux

L’Espace du dedans (1929)

Suis-je une frimeuse ? Siri Hustvedt

   J’étais une écolière de sixième lorsque je dépliai un bout de papier qu’on avait laissé sur mon pupitre et lus les mots composés avec des lettres découpées dans un magazine : « Tout le monde te déteste parce que t’es qu’une frimeuse. » Et je me souviens de m’être demandé : Suis-je une frimeuse ? N’avais-je pas emprunté à la bibliothèque des livres imprimés trop petit qui étaient trop difficiles pour moi ? Est-ce que cela qu’elles avaient raison ? Le message remuait en moi la vase psychologique – culpabilité, faiblesse, et l’inquiétude, si fort que fût mon désir d’être aimée et admirée, de n’en être pas digne – et moi, mauviette et pleurnicheuse, je leur permettais de m’empoisonner. Frimeuse ! Je ne l’étais pas assez. Gloire à l’artifice, au masque de clown, au visage de Dracula pour cacher la faiblesse. Revêts ton armure et ramasse ta lance. Cultive un brin de fausseté, si elle te protège des vipères.

Siri Hustvedt

« Un été sans les hommes »

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