J’étais une écolière de sixième lorsque je dépliai un bout de papier qu’on avait laissé sur mon pupitre et lus les mots composés avec des lettres découpées dans un magazine : « Tout le monde te déteste parce que t’es qu’une frimeuse. » Et je me souviens de m’être demandé : Suis-je une frimeuse ? N’avais-je pas emprunté à la bibliothèque des livres imprimés trop petit qui étaient trop difficiles pour moi ? Est-ce que cela qu’elles avaient raison ? Le message remuait en moi la vase psychologique – culpabilité, faiblesse, et l’inquiétude, si fort que fût mon désir d’être aimée et admirée, de n’en être pas digne – et moi, mauviette et pleurnicheuse, je leur permettais de m’empoisonner. Frimeuse ! Je ne l’étais pas assez. Gloire à l’artifice, au masque de clown, au visage de Dracula pour cacher la faiblesse. Revêts ton armure et ramasse ta lance. Cultive un brin de fausseté, si elle te protège des vipères.

Siri Hustvedt

« Un été sans les hommes »