21 octobre 1930 mardi matin

   Gala, cette nuit, jusqu’à 3 heures du matin, j’ai pensé à toi. Puis je me suis endormi pour rêver de toi. Je me sens très seul, et pourtant je me cherche des raisons d’espérer, sans cesse. Où est le temps où je ne me cherchais que des raisons de désespérer ? La présence de Nusch à côté de moi au moment où nous avons décidé de divorcer m’a empêché de me rendre compte de l’isolement dans lequel j’allais me trouver. Car ne ne crois pas que je puisse jamais vivre avec personne, Nusch pas plus qu’une autre. Je t’aime, Gala, depuis trop longtemps, j’ai trop longtemps vécu avec toi, trop longtemps j’ai, quoi que tu en penses, tout conformé à tes désirs, à tes rêves, à ta nature (…) Je ris doucement à l’idée que je voulais prendre chez moi (??) tout ce que j’aime. C’est un lapsus, ma Gala de toujours, mon excuse de vivre : je voulais dire : laisser chez toi tout ce que j’aime (…) J’irais te voir, toi, tout ce que j’aime, entourée de ce que je n’ai aimé que parce que tu existes.

Eluard – Grindel, Hôtel Régina, Avignon