cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

une enfance en train de se perdre (Paris, Août 1902, Rilke)

   Où vont-ils, quand ils passent avec une telle hâte dans les rues ? Où dorment-ils, et s’ils ne peuvent dormir, que voient leurs yeux tristes ? A quoi pensent-ils, toutes ces journées qu’ils passent assis dans les jardins publics, la tête entre ces mains qu’on croirait venues de loin se rejoindre et se cacher l’une dans l’autre ? Et quelles paroles échangent-ils, quand leur bouche se ressaisit et se met au travail : tissent-ils encore de vrais mots ?… Est-ce encore des phrases qu’ils prononcent ; ou n’en sort-il plus que confusément tout ce qui fut en eux spectateurs et acteurs, auditeurs et héros ? Personne ne songe-t-il qu’il y a en eux une enfance en train de se perdre, une force qui s’altère, un amour qui se dégrade ?

Lettre à Lou Andreas-Salomé

Précédent

L’éclaircie, Sollers

Suivant

le cours inconnu des choses

  1. MD

    Et sommes nous capables de songer à ceux qui assassinent ? Qui étaient-ils, ceux-là ? Juste des enfants, comme nous…Que s’est-il passé ?

Laisser un commentaire

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :