cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

l’attente, la rencontre – Julia Kristeva

   L’attente me rend douloureusement sensible à mon incomplétude que j’ignorais avant. Car maintenant, dans l’attente, « avant » et « après se télescopent en un redoutable jamais. L’amour, l’aimé effacent le compte du temps… L’appel, son appel, me déborde d’un flux où se mêlent des bouleversements du corps. et une pensée en tourbillon, aussi vague, souple, prête à percer ou à épouser celle de l’autre, que vigilante, éveillée, lucide dans son élan… vers quoi ? Vers un destin, implacable et aveugle comme une programmation biologique, comme la voie de l’espèce… Corps soufflé, présent dans tous ses membres par une absence délicieuse – voix tremblante, gorge sèche, oeil flou de lueur, peau rosée ou moite, coeur palpitant… Les symptômes de l’amour seraient les symptômes de la peur ? Peur-envie de ne plus être limitée, retenue, mais de passer outre. Crainte de traverser non seulement des convenances, des interdits : mais aussi, mais surtout peur et désir de passer à travers les frontières du soi…
La rencontre alors, mêlant plaisir et promesse ou espoirs, demeure dans une sorte de futur antérieur. Elle est le non-temps de l’amour qui, instant et éternité, passé et avenir, présent abréagi, me comble, m’abolit et cependant me laisse inassouvie… A demain, à toujours, comme toujours, fidèles, éternellement comme avant, comme quand ça a été, comme quand ça aura été, à toi…

(…) Nous inventons l’amour à chaque fois avec chaque aimé forcément unique, à chaque moment, lieu, âge… Ou une fois pour toutes.

Julia Kristeva

« Histoires d’amour »

Précédent

une floraison de « oui », Albert Camus

Suivant

Education européenne – Romain Gary

  1. J. K. en rencontrant un jour Ph. S. pouvait difficilement plus mal tomber.

Laisser un commentaire

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :