Nous vivons ici

Je suis de ceux qui vivent
au milieu de la mer et près du crépuscule,
au-delà de ces pierres.

Lorsque je vins
et que je vis ce qui arrivait
je me suis décidé tout à coup.

Le jour s’était déjà partagé,
il était déjà toute lumière
et la mer se battait
tel un lion de sel
à plusieurs mains.

Le solitude ouverte chantait là-bas
et moi, pur et perdu,
regardant vers le silence
j’ouvris la bouche et dis :
« Ô mère de l’écume,
vaste solitude,
je fonderai ici ma propre réjouissance,
ma singulière lamentation. »

Depuis lors jamais
une vague ne m’a déçu,
j’ai toujours trouvé un goût de ciel profond
dans l’eau, dans la terre,
et le bois et la mer flambèrent ensemble
au cours des hivers solitaires.

Je rends grâce à la terre
de m’avoir
attendu
à l’heure où le ciel et l’océan
s’unissent comme deux lèvres,
car ce n’est pas peu, n’est-ce pas ? d’avoir vécu
dans une solitude et d’en avoir atteint une autre,
se sentir multitude et se ressusciter seul.

J’aime toutes les choses,
et parmi tous les feux
l’amour seul n’use pas,
voilà pourquoi je vais de vie en vie,
de guitare en guitare,
et je ne crains pas
la lumière ni l’ombre,
et parce que je suis presque en terre pure
j’ai des cuillères pour l’infini.

Ainsi, donc, personne ne peut se tromper,
ne pas trouver ma maison sans portes ni numéro,
là-bas entre les pierres obscures
face au scintillement
du sel violent,
nous vivons là-bas ma femme et moi,
nous resterons là-bas.
Au secours, au secours ! A l’aide !
Aidez-nous à être davantage terre chaque jour !
Aidez-nous à être
davantage écume sacrée, davantage air de la vague !

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