(…)

Compagnon qui n’as pas cédé dans le souci,
ne laisse pas la peur te désarmer en ce hasard :
il doit y avoir un moyen de vaincre même ici.
Non plus sans doute avec des chèques ou des étendards,
non plus avec armes brillantes ou mains nues,
non plus même avec des lamentations ou des aveux,
ni avec des paroles, fussent-elles retenues…
Résume tout ton être dans tes faibles yeux :

Les peupliers sont encore debout dans la lumière
de l’arrière-saison, ils tremblent près de la rivière,
une feuille après l’autre avec docilité descend,
éclairant la menace des rochers rangés derrière.
Forte lumière incompréhensible du temps,
ô larmes, larmes de bonheur sur cette terre !

Ame soumise aux mystères du mouvement,
passe emportée par ton dernier regard ouvert,
passe, âme passagère dont aucune nuit n’arrête
ni la passion, ni l’ascension, ni le sourire.

Passe : il y a la place entre les terres et les bois,
certains feux sont de ceux que nulle ombre ne peut réduire.
Où le regard s’enfonce et vibre comme un fer de lance,
l’âme pénètre et trouve obscurément sa récompense.

Prends le chemin que t’indiqua le suspens de ton coeur,
tourne avec la lumière, persévère avec les eaux,
passe avec le passage irrésistible des oiseaux,
éloigne-toi : il n’est de fin qu’en l’immobile peur.