cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Carnet de nuit – Sollers

Pour vivre cachés, vivons heureux.

Les moindres gestes. Emploi du temps. L’impression de n’arriver à rien (vraiment à rien) veut dire que beaucoup se prépare.

La main du réveil : voilà, elle passe.

Le jeune acacia remue. Comme s’il remerciait le temps, le regard, le temps du regard.

La plume qui court, sa pointe, le papier à peine effleuré, l’encre, les oiseaux très tôt (l’air). La marée se prépare, hémorragie bleue.

La phrase de Hölderlin, « à quoi bon des poètes dans un temps de détresse » est pour nous, aujourd’hui, optimiste, presque comique.

Rue Guynemer, minuit, fin de l’été, fenêtres ouvertes, sous-bois et lumières. Sérénade en ré majeur avec cor de postillon de Mozart.

Il est temps d’emporter avec soi :

Quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible.

Les bijoux perdus de l’antique Palmyre,
Les métaux inconnus, les perles de la mer.

Les femmes dont l’oeil par sa franchise étonne

Epicure : « Quand on est jeune, il ne faut pas hésiter ; quand on est vieux il ne faut pas se lasser. »

Céline : « Dans la fatigue et la solitude, le divin ça sort des hommes. »

Photo. Je pose ma joue droite contre la cuisse gauche de la femme du Baiser de Rodin. Pendant dix secondes, au milieu des visiteurs du musée, il n’y a que la sculpture de vivante. Dans cent ans, même instant possible. Cette possibilité, rien d’autre, détermine tous les possibles.

Quand deux individus se désirent vraiment, le démon souffre.

Ecrire en regardant un western. Entendre : « Il y a deux choses qui vont au coeur de l’homme, les balles et l’or. »

Si quelqu’un est fait pour le bien, pousse-le au bien. S’il est fait pour le mal, va pour le mal, puisque c’est sa seule chance de découvrir le bien, à force.

Les choses se font toutes seules, à travers les aveuglements, els singularités, on peut discerner comment, ça dépasse l’expression globale, comme si « Dieu », après tout, « veillait ». Reste sur le détail senti et concert, rien d’autre.

Règle fondamentale aux échecs, dans la vie, en littérature : renforcer les points forts,  jamais les points faibles.

Dimanche, Zattere, Venise : les femmes ont des fleurs dans les cheveux, les canaux accostent, elles sautent légèrement pour courir acheter des glaces, ils repartent tous vers le large en léchant leurs cornets, vanille, pistache, fraise, café, chocolat.

Je suis arrivé pour la première fois à Venise, après un long voyage en car venant de Florence, en octobre 1963. Je me revois laissant tomber mon sac, la nuit, devant Saint-Marc. J’y suis toujours.

Précédent

éloigne-toi – Jaccottet

Suivant

Là,

Laisser un commentaire

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :