Là, j’ai envie de te photographier. Première chose qui me vienne à l’esprit (c’est curieux). J’ai envie de te faire plaisir, de te plaire, de te séduire, de t’amuser. J’ai envie de te voir embrasser Laura, notre enfant. J’ai envie de te voir choisir avec un soin méticuleux les fleurs pour un bouquet que tu veux m’offrir. Nos fausses chamailleries, j’aime les petits bouquets toi les larges brassées. M’acheter des fleurs toute seule reste  un exercice difficile malgré le temps qui va. J’ai envie que tu me caresses la joue « Tu vas bien ? » J’ai envie de sentir ton émotion devant une statue de marbre, de plâtre, de bronze (touche mon amour, tu peux). J’ai envie de te fatiguer « Je t’aime, mais qu’est-ce que je t’aime, ça me fatigue ! ».  J’ai envie de lire près de toi dans notre lit. Tu me titillais. Je n’ai jamais pu aller au-delà de quatre pages. J’ai envie que tu m’embrasses dans le cou « Tu sens le soleil, la pastèque, l’été. Tu es ma vie. »  J’ai envie d’entendre ta voix éclatante quand tu pénètres dans le salon avec nos livres pêle-mêle : « Bonjour la pièce ! Bonjour tout le monde… Sollers ! Salut !  »  J’ai envie de ton regard. J’ai envie de regarder tes mains. J’ai envie de t’écouter rire et parler avec les amis. J’ai envie que se réalise ce rêve délicieux qui m’a réveillé l’autre matin. Nous sommes assis sur un muret. Les jambes dans le vide. Tout est lumineux. Le ciel bleu. Il fait chaud. Nous partageons des chocolats. Tu te penches vers moi « Qu’est-ce que tu as dans le tien ? Tu me le donnes ? » – C’est ça la vie avec toi, l’harmonie, même dans les rêves. Il y eut quelques disputes, de la vaisselle cassée, pour l’histoire, mais aucune porte claquée. Je t’ai fait très mal deux fois. Toi, jamais. Notre vie ensemble, presqu’un chiffre biblique. Pas de désert, des jardins, des odeurs de la saveur du goût. Quand vous aimez quelqu’un, aimez-le passionnément et à tout instant, c’est le temps en personne qui vous aime. La phrase de Sollers est vraie. J’en atteste.