Haydn est le musicien qui ne cesse de revenir dans ma vie.
En quatuors, en sonates.
Après avoir réécouté tous les grands préférés – Gesualdo, Purcell, Monteverdi, Scarlatti, Vivaldi, Bach, Hændel, Mozart -, c’est lui, de nouveau, qui fait signe au moment du plus grand silence. Il reste dans son secret, non omnis moriar.
Je pense à un monde reconstruit selon lui, redressement harmonique : par-delà le bien et le mal, la mort et son faux dieu, selon la série trouvée des substances et des densités. On le touche à peine, il répond, il tourbillonne en cascade – saut, arrêt, saut, intermittence -, il s’éclipse, glisse, roule, troue, repart. Phrases où il n’y aurait que des verbes. Haydn est un jazz de longue durée, sans dépression, sans espoir. Armstrong l’a écouté ? Miles Davis ? Et Charlie Parker, Billie Holiday, Count Basie, Monk ? On décide de l’imaginer. La plus grande variété rythmique : museau, doigts, éclaircies, fourrés, pluie d’acier (…)
Mallarmé qui compare les lettres de Voltaire à Haydn : « Le concis ou le dégagé ». Voici donc la raison même, enfin réaccordée à la création, aux saisons.

La guerre du goût