Je me suis approché de la haine,
ses frissons sont graves,
ses notions vertigineuses.
La haine est un poisson-épée,
elle se meut dans l’eau invisible
et on la voit venir alors,
et elle a du sang sur le couteau :
la transparence la désarme.

Alors pourquoi haïr
ceux qui nous ont tant haïs ?
Ils sont là sous l’eau
guetteurs et étendus
préparant l’épée et le cruchon,
les toiles d’araignées et les dépouilles des chines.
Il ne s’agit pas de christianismes,
il ne s’agit pas de prière ni de métier,
la haine a perdu en effet :
les écailles lui sont tombées
sur le marché du venin,
et pendant ce temps le soleil se lève
et on se met à travailler
et à acheter son pain et son vin