cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Disparité – Erri de Luca

   Je montais sur le mont Epomée de l’île d’Ischia la nuit pour assister à la naissance du jour. Sur le sommet, se trouve une petite terrasse de tuf creusé, un endroit pour se tenir accroupi et attendre. La première clarté fendait la nuit derrière le Vésuve, puis le soleil dépassait la bosse du volcan et éclairait la mer.
Depuis lors, j’ai l’impression qu’une énergie naissante se dégage avec plus de force qu’au couchant. Je m’explique cet effet par l’effort d’ascension du soleil au milieu du ciel. En descente, en revanche, l’effet est celui d’une énergie épuisée, en chute libre (…)
Le nom « Orient » a aussi plus de charme, celui d’une chose qui se lève, selon la langue latine, tandis qu' »Occident » est le nom d’une chose qui tombe.
Après ces aubes joyeuses, j’en ai connu d’autres, obligatoires. A l’usine, pendant mon temps de travail qui commençait à six heures, on était sous la lumière blanche des néons. De la plateforme de fabrication, je levais les yeux vers les grandes fenêtres pour saluer le jour. L’aube sur les vitres étaient une teinte pâle, brouillée, un néon au milieu des autres. Ce n’était pas la lumière du jour, c’était la lumière du temps de travail.

Le plus et le moins

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  1. Le dernier paragraphe m’est sublime, coulant comme une rivière. Merci Anna pour ces partages. La plupart de ceux que j’ai lu ici, j’ai trouvé inspirants.

    • admin

      Erri, est une merveille d’homme. Je bénis le ciel de vivre un siècle où j’ai pu le lire.

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