cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

La main d’Erri – 2/5

   Puis, peu à peu, autre merveille, je me sens devenir lumineuse, j’avoue. Les crèmes n’y jouant aucun rôle. C’est en dedans. L’envie, cette grande absente, revient enfin me chercher. Par ricochet, s’impose, jolie, l’image de l’homme que j’aime. Je n’écrirai pas sur notre amour, moi je ne divulgue rien, disait-il. Urli, d’abord une allure, un seigneur. Puis un regard, un bon regard, tout de suite curieux de vous. Je n’éprouve pas de nostalgie. Jamais. De la peine, oui souvent. D’autorité, j’inscris ces quelques lignes. Je me tairai, mais après.
Là, j’ai envie.
J’ai envie de te photographier, première chose qui me vienne à l’esprit ; peut-être à cause de la photo où je souris contre Erri… J’ai envie de te faire plaisir, de te plaire, de te séduire, de t’amuser. J’ai envie de te voir embrasser Laura, notre enfant. J’ai envie de te voir choisir avec un soin méticuleux les fleurs pour un bouquet que tu veux m’offrir. Nos chamailleries, moi j’aime les petits bouquets, toi les larges brassées. M’acheter des fleurs toute seule reste encore un exercice difficile. J’ai envie que tu me caresses la joue Tu vas bien ? J’ai envie de ton émotion quand tu contemples une statue de marbre, de plâtre, de bronze (touche mon amour, tu peux quand même). J’ai envie de te fatiguer Je t’aime, mais qu’est-ce que je t’aime, ça me fatigue. J’ai envie de lire près de toi dans notre lit. Tu me titillais. Je n’ai jamais pu aller au-delà de quatre pages. J’ai envie que tu m’embrasses dans le cou Tu sens le soleil, la pastèque, l’été. Tu es ma vie. J’ai envie d’entendre ta voix éclatante quand tu pénètres dans le salon où se trouvent nos livres pêle-mêle Bonjour la pièce ! Bonjour tout le monde ! Sollers, salut ! J’ai envie de ton regard. J’ai envie de regarder tes mains. J’ai envie de t’écouter rire et parler avec les amis. J’ai envie que ce réalise ce rêve délicieux qui m’a réveillé l’autre matin. Nous étions sur un muret. Les jambes dans le vide. Tout était lumineux. Le ciel bleu. Il faisait chaud. Nous partagions des chocolats. Tu te penches vers moi Qu’est-ce que tu as dans le tien ? Tu me le donnes ? C’est ça la vie avec toi, l’harmonie même dans les rêves. Il y eut quelques disputes, de la vaisselle cassée, pour l’histoire. Aucune porte claquée.
Je t’ai fait très mal deux fois. Toi jamais.
Notre vie ensemble presqu’un chiffre biblique. Pas de désert, des jardins, des odeurs, de la saveur, du goût. Quand vous aimez quelqu’un, aimez-le passionnément et à tout instant, c’est le temps en personne qui vous aime. La phrase de Sollers est vraie. J’en atteste.

Poursuivons.
Filles et garçons, méditez bien cette pensée d’Erri : « Considero valore… tacere in tempo ». J’attache de la valeur à se taire à temps. J’aurais dû la copier cent fois.
Toute à ma joie retrouvée, je me suis laissée bercer par ce désir de relancer un appel qui ne vient pas d’une voix…
Qui dit Eveil dit Ecoute. Je fus présomptueuse, me fiant à une vigilance bien trop innocente encore. Quelques restes de bêtise somnolaient près de l’orgueil…
Les cloches de Pâques les réveillèrent.
et pour tinter… elles tintèrent.

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  1. Habile. Lucide.
    Une belle déclaration d’amour.
    Le manque, sans apitoiement.

    Et puis, pour l’intense résonance toujours, même si l’envolée vient d’Erri… « J’attache de la valeur à se taire à temps. J’aurais dû la copier cent fois. »

    Je continue de suivre.

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