cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

La main d’Erri – 5/5

   Installée dans le petit jardin, l’ami que j’avais délaissé, je le regarde avec gratitude. Généreux, il a retrouvé sa verdure, dans les vastes pots florentins, plus d’arbustes que de fleurs. Buis, lauriers, jasmins, oliviers reprennent de la vigueur. Les romarins, la sauge en terre me préoccupent toujours. Dans diverses vasques, les jeunes pousses qu’Urli avait ramassées ça et là. Où vais-je installer le jeune pin ? Pour l’instant il m’émeut dans son pot tout étroit. Je suis fière d’avoir replanté le petit chêne. Il mesure aujourd’hui vingt centimètres — riez, rieurs, il vit !

Rosine, tu m’as déniché un bien beau cadeau…
Tu vois, je vis, j’écris. Devant cet écran, assise bien droite, je me sens pareille à ces gens humbles, tout endimanchés, tout intimidés pour quelque visite au notable du coin. Tu comprends ça ? Mais je suis excitée. Présomptueuse sûrement aussi, disons-le. Comment ne pas penser à Anne Wiazemsky que j’aime tant, Sagan, sa fantaisie, sa joie, son élégance. Cette belle idée de Jean-Paul Enthoven sur « les petits matins Sagan, un air de rien, dont on comprend longtemps après qu’il remplissait la vie – et la justifiait. »

Cet air de rien, tout ce que j’aime.
Je voudrais que ce récit ait « cet air de rien ».

Inaltérabilité de l’amour pour Urli. Inaltérabilité du lien avec Erri. Comment pourrait-il en être autrement ? La grâce est source de fidélité. Je sais que la lumière ne me fut pas donnée pour faire joli. Je suis déterminée, il n’y a qu’à marcher à partir d’où nous sommes. L’esprit est généreux, à chacun sa partition. Et me voici, vivante, à l’écoute, j’ai envie de dire bonjour au monde entier…

Peut-être… mais là,
Je traîne… je traîne… pas envie de quitter Erri.

Alors, une dernière confidence, jolie.
Moi qui ne supporte pas de surprendre mon reflet près d’un camarade, d’un inconnu, j’y vois encore une anormalité, une agression, savez-vous ce que j’ai fait avant qu’Anne ne prenne la photo ? Je me suis calfeutrée contre Erri. Oui calfeutrée. Les bras autour de son corps, sous la veste. Quelques instants. Longs. Surtout sans un mot. Gentil, bienveillant, patient, il a laissé faire. Au regard de tout ce monde dont je voulais m’isoler. Chaleur d’Erri. Pas celle de ses livres, ressentie. Chaleur réelle, sentie. N’était-ce là vraiment qu’un geste de pure dilection ?

Je veux que ce texte soit comme un souffle qu’il puisse recevoir en éclatant de rire, me saluant de la main.. simplement, léger, léger !

écrivant cela, jubilation !

la grâce, la grâce malicieuse, pourrait bien s’être faufilée dans mon message du trente mars. La lectrice attentive d’Erri que je suis, d’un coup, fait  le lien entre Erri, le rire et quelque présage heureux.

« SANS ECLATS DE RIRE AVANT, LES BAISERS SONT FADES »

ERRI,

UN BAISER  !

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PS – le plumbago est reparti.
Quant au petit chêne le voici,

IMG_2148

20 cm

………………..

à Rosine

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  1. Rosine a eu raison.
    Et vous avez raison d’être excitée.
    Pour tous ces matins et ces jours qui auront l’air de rien, mais.
    Surtout qu’avec votre plume, vous avez de quoi danser. Tout en grâce. Et en faire danser d’autres.

  2. Bonjour…
    J’aime votre joie, et ce que vous écrivez…
    que la lumière n’est pas faite pour faire joli…
    que l’esprit est généreux…
    à chacun sa partition…
    l’air de rien…
    riez, rieurs, il vit!
    Je suis sous le charme… qui est plus qu’un charme… une force? Sans doute, l’air de rien…

    • admin

      Que la joie demeure alors…
      Comment vous remercier ? Champagne par procuration…
      Bienvenue sur Instagram. Vous devriez aller sur Trumblr aussi. Je m’en occupe mal. Textes. Photos. C’est pas mal.

  3. belle rencontre sans aucun doute

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