cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Saviano par Sollers dans « Mouvement »

Ce qui change tout, c’est la mondialisation de la drogue. La cocaïne est devenue un « pétrole blanc », comme le dit un explorateur courageux, Roberto Saviano, dans son livre éblouissant, Extra pure. Vous l’ouvrez, vous pouvez lire une centaine de romans tous plus passionnants les uns que les autres. L’auteur a 35 ans, il est déjà condamné à mort par la Camorra napolitaine, il vit jour et nuit sous protection policière. En toute justice, il aurait déjà dû obtenir le prix Nobel de littérature. Mais Stockholm est là pour dire le Bien, pas le Mal …

On n’arrête pas les progrès du capitalisme financier. Comme le dit Saviano : « Nulle société n’est aussi dynamique, aussi constamment innovatrice, aussi dévouée à l’esprit de libre entreprise que le commerce mondial de la cocaïne. C’est pour cette raison que la coke est devenue la marchandise par excellence, à un moment où les marchés ont été envahis par des titres gonflés de chiffres vides ou par des valeurs elles aussi immatérielles, comme celles promues par l’économie numérique, qui vendent de la communication ou du rêve. La coke, elle, reste une matière. Elle fait appel à l’imaginaire, elle le plie, l’envahit, le comble d’elle-même. Tous les murs qui semblaient insurmontables s’apprêtent à tomber. »…

« La coke liquide peut remplir n’importe quelle cavité ou imprégner toute matière poreuse, elle peut se cacher dans toute boisson, tout produit à la consistance crémeuse ou liquide sans qu’aucune différence de poids ne trahisse sa présence. On peut dissoudre 1/2 kilo de coke dans 1 litre d’eau. On en a découvert dans des shampooings et des laits pour le corps, dans des bombes de mousse à raser, des sprays pour laver les vitres et repasser, des flacons de pesticides, des solutions pour lentilles de contact, des sirops pour la toux. Elle a voyagé en compagnie d’ananas en boîte, dans des conserves de noix de coco, parmi 5 tonnes de pétrole en barils et 2 tonnes de pulpe de fruits surgelés, imbibant des vêtements, des tissus d’ameublement, des lots de jeans et les diplômes d’une école de plongée. Elle a été envoyée par courrier dans des sets de bain et des tétines pour bébés. Elle a passé les frontières dans des bouteilles de vin, de bière et d’autres boissons, de tequila mexicaine pour faire des margaritas, de cachaça brésilienne pour préparer la caipirinha, mais surtout des bouteilles entières de rhum colombien saisi à moins d’un mois d’écart à Bologne et à Milan : trois ans d’âge, de marque Medellín. Et si le rhum-coke, qui contient plus de coke que de rhum, ne suffisait pas, on en a trouvé dans des bouteilles de Coca-Cola. Car la coke peut prendre toutes les formes. Elle reste toujours elle-même. »

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  1. Et voilà qu’en lisant, on sent l’âme de la coke.
    Pouvoir prendre toutes les formes… et rester soi-même…

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