J’étais dans un taxi qui me conduisait à Logan Airport. C’était l’aube, nous roulions dans les faubourgs de Boston encore à peu près déserts. Tout de même, à un coin de rue, il y eut, pour un instant, une jeune femme avec un enfant dans les bras, et près d’elle un homme âgé, voûté, qui s’effacèrent de la chaussée pour laisser passer la voiture. Ils semblaient las. Leur costume avait quelque chose d’indéfinissablement étranger à ce  pays, à ce monde peut-être. Je me retournai, je vis alors que les rejoignait au milieu du chemin un âne sur le dos duquel était attaché le paquet de leurs quelques biens, sous une sorte de cape rouge.

Les faubourgs encore, les usines, les murs de briques des vieilles maisons aux vitres noires. Grande est la tentation de ne pas aller plus avant, de quitter la voiture, de marcher au hasard par ces rues jusqu’à la place où il y aurait un obélisque, et à l’horizon ces sortes de pyramides, et ici même, arrivants silencieux, cet homme et cette femme, coiffés maintenant de vastes chapeaux de paille. Le Nil coule paisiblement, irrésistiblement, derrière ces portiques au-dessus desquels le ciel est bleu parce que le temps a cessé d’être.

Il y a dix jours à New York, les peintures de De Kooning, fermant toutes les issues, mettant fin au monde. J’ai fait un rêve, cette nuit qui vient de finir (…)

Une autre voiture roule parfois tout un temps à notre hauteur, puis elle nous dépasse, ou est dépassée. Devant moi  l’essuie-glace balaie sans hâte l’avant du ciel, où il y a une lueur rouge comme si c’était l’Inde là-bas, ou nulle part en Egypte.