Chamboulement d’un texte déjà posté en partie, mal agencé, bavard, espérant lui trouver une fin pas trop molle. On verra ce qui vient…
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     Je veux un portrait sans esbroufe. Qu’il soit comme ces pièces pas trop encombrées où j’aime me retrouver les après-midi d’été, persiennes ajourées, entrebâillées un brin, fenêtres ouvertes largement – pas d’enfermement – rais de lumière, pénombre magnifique. Sicilienne. Une musique perceptible, par là-bas. Qu’ajouter ? Tu veux des fleurs ? Un rien de vent ? Une rumeur extérieure ? Plus de pénombre ? – Garde ton mystère mon Clem, parce que tu es toi,
Irrésistible avec ces traces d’encre noire de tes journaux au bout des doigts. Irrésistible avec ta casquette de base-ball bleu océan des Boston Red Sox. Irrésistible au réveil, ce sourire délicieux, cette allure d’ado. Un fou de blues, Totalement désintéressé, pour le coup, Money-Money tu t’en balances, Un menteur à la ramasse, il faut quand même te le dire, Vrai, complètement dingue, attachant comme pas un, qu’une caresse sur la joue faisait chavirer, un homme au rire éclatant, à la chaleur bonne à recevoir. Un père à jamais. Des mains puissantes, toujours en action, Tu fous le bordel en un temps record. Irrésistibles tes petits mots que je retrouve encore dans des endroits improbables, Tu es ma MégaBelle, MégaWatts, MultInfinimentMégaAimée de ton MiniMec. Irrésistibles, ton intelligence ta gentillesse ton  charme. Des contradictions ? À la pelle. Tu devais m’apprendre à faire des créneaux dans les congères de Boston, m’emmener voir les neiges de Rimbaud. Tu n’es que lumières et couleurs ; certaines m’ont fait mal, toutes les autres, j’en redemande, elles m’allaient comme un gant.
Lucide sur ta santé : l’inéluctable. La mémoire fait des siennes, la concentration des tours, tu es moins rigoureux, moins vigoureux, moins vif… En retard. Dieu merci, au milieu de ces fracas, l’audace est restée, l’indifférence a passé son chemin. Encore bienveillantes l’attention la curiosité, et ce foutu talent de journaliste, intact. Tu as été viré du Boston Globe, pas pour l’alcool, Chef de Desk tu leur coûtais une blinde. Place aux pigistes sous-payés. Ça t’a laminé.
Alors, plutôt que de crever de culpabilité et d’alcool, tu viens à Paris où se trouve ton meilleur ami. Ta soeur y vit. Ton père, ta mère aussi. Ils ont cet appartement avec au-dessus le studio où tu t’endors. Nuits muettes, interminables. Tu clopes. Trop. Tu pries. Le journalisme fout le camp Clem, ici aussi ils sont tous virés. Tu ne te laisses pas abattre et donnes une conférence à Paris Dauphine devant des étudiants bien trop timorés à ton goût. Tu reprends contact avec les anciens de l’AFP, surpris de retrouver une collègue irlandaise toujours aussi jolie, maintenant gaie divorcée. Tu es malin, tu sens que le courant passe. Tu n’adhères pas. Avant l’anéantissement annoncé, tu veux le sublime. Tu veux l’étincelle.

Nous ne pouvions rien prédire, rien contrôler, rien préparer.

Deux mondes :

Toi, la High Society, Kennedy au mariage de tes parents, une mère fantasque, philosophe, un père éditeur, un vrai gentleman, une soeur à qui tu tiens comme à la prunelle de tes yeux. Une flopée d’oncles tantes cousins cousines neveux et nièces. Vacances à Hyannis Port. La Fac Columbia. La maîtrise. Un mariage. Quatre enfants. Le centre d’une vie. Viennent les mésententes. L’amour fout le camp. L’enfer s’installe. On ne bouge pas. Les conventions. L’engagement.

Moi ? La banlieue, le neuf-trois.
Trois femmes pour une enfant rêveuse et solitaire : une grand-mère, paysanne émigrée d’Emilie, blouse noire, puits de tendresse, une mère, absente longtemps, géniale dans son genre, une tante, une taiseuse. Chance, elles aimaient les livres. J’ai pioché. En cadeau me fut donné la joie de vivre, le goût du bonheur.
Intuition ? Ange protecteur ? Tout fut facile, évident, joyeux. L’amour le travail la réussite.

Oui, il y eut la mort, des morts. Ta mort,
Oui, il y eut l’abîme.
Oui, j’ai dit oui quand j’ai vu ton visage.

Je serai toujours honnête avec toi, je ne te ferai jamais de mal, je te traiterai en déesse, te cuisinerai des plats, te ferai pousser des fleurs, t’accompagnerai où tu veux, te dorloterai, t’embrasserai, t’aimerai. Je me hisse dans le sillage de ma Stately Raven.

à suivre,