Oui, la vie près de toi. La vie près de moi. Les oiseaux du jardin de Chatou, les chats des alentours nous visitant, le vieux cognassier, des lavandes, du thym, un ordinateur pour combler un canyon de 5000 kms avec les enfants, des petits déjeuners, le sirop d’érable. Ton art bordélique de la cuisine. Jamais assez de Perrier. Une douche qui se bouche, te laissant toujours dans un froid intense – j’ai jamais compris comment. Une télévision, Obama, CNN, des feux dans la cheminée, la neige, tes bonhommes de neige, les amis, des « voyages » ainsi appelais-tu ces trajets en taxis qui nous menaient à la maison par les bords de Seine – j’aimais tellement l’idée. Déménagements. Emménagements. Des églises, la Cathédrale Américaine, nous communions main dans la main, amoureux. Des oursins au soleil de Cassis, le base-ball dont je pigerai jamais rien, mon coiffeur à qui tu osas dire non. Oui, les baisers, les vrais, et les baisers volés tout aussi vrais, les étreintes, la sensualité, la tendresse, les regards, la complicité, la douceur, l’étonnement. Oui, une querelle de trois jours pour 1 mot : romanesque vs romantisme. Toi, évidemment, licence en lettres anglaises du XIXe, pro-romantisme à fond, moi fichtrement non, vive le romanesque, on s’est fâchés sérieux. Vainqueur ? Le fou rire. Oui la Beauté, les petits cadeaux les inoubliables, ceux à trois fois rien, une Tour Eiffel pour touristes, un Coucou plein de couleurs, Toujours à me tendre quelque chose : une pâquerette, un bouton d’or, un morceau de fruit pelé ; et la main, tout le temps. Oui les A.A., un pote qui s’en sort pas, il se suicide. Oui, mon passé qui déboule en vidant la maison pour m’installer à Paris. Oui, les blessures, la bêtise la jalousie l’orgueil la colère les malentendus les séparations les C’est Fini ! Oui, ta musique, Muddy Waters, Clapton, les réveils en chanson, Cohen dans la nuit, Oui, l’alcool, l’inquiétude, les malaises, les secours, les hôpitaux. Oui, tu n’as pas pu aller plus loin… Oui, tes potes, les clodos de Saint-Paul « Une clope ? » « Ça va ? » « Ça va » « Salut Mec ! » Oui tu fus exaspérant. Oui je fus exaspérante. Oui j’t’adore. Une parole me vient là, anachronique dans l’histoire : je me suis régalée. Ce n’est pas rien de dire Merci à ceux que l’on aime.

à suivre,