cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

pauvre comme un chat du Colisée – Pasolini

Pauvre comme un chat du Colisée,
je vivais dans une bourgade faite de chaux
et de nuées de poussière, loin de la ville

et de la campagne, coincé tous les jours
dans un autobus branlant :
et chaque aller, chaque retour,

était un calvaire de sueur et d’angoisse.
De longues marches dans une chaude brume,
de longs crépuscules devant les feuillets

entassés sur la table, et les chemins de boue,
les murettes, les masures enduites de chaux
avec leurs murs nus, et des rideaux en guise de porte…

Le marchand d’olives, le fripier passaient,
venus de quelque autre bourgade,
avec leur marchandise poussiéreuse qui semblait

être le fruit d’un vol, et la mine cruelle
de jeunes gens vieillis parmi les vices
comme ceux dont la mère est âpre, et a faim.

Neuf, dans la nouveauté du monde,
libre – une ardeur, un souffle
que je ne puis décrire, emplissait la réalité

humble et sordide, immense et confuse,
qui fourmillait en ces faubourgs méridionaux,
d’un sentiment de piété tranquille.

Une âme, en moi, qui n’était pas tout à fait mienne,
une petite âme, en ce monde infini,
croissait, nourrie de l’allégresse

de celui qui aimait, même sans être aimé.
Et tout s’éclairait, à cet amour.
Peut-être encore un amour d’enfant, héroïque,

et pourtant mûri par l’expérience
qui naissait au pied de l’histoire.
J’étais au coeur du monde, en ce monde

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  1. D’une grande beauté.

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