cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Vous êtes seule ? – 2 –

Sortie du Baglioni par l’étroite Calle Vallaresso, déflagration immédiate. Je prends tout d’un coup – au moins ça, c’est fait ! – des couples des couples des couples. Une flopée. La ville me semble n’être qu’une floraison de couples dont la place Saint Marc sans cesse alimente le flot. Ils se tiennent la main s’étreignent rient se parlent s’embrassent… partagent un gâteau. J’étouffe. La solitude me prend me dépasse. J’ai mal. Dans cet état d’isolement extrême mes yeux ne retiennent que ces deux-là, l’échange d’un regard. Fuir. Je me retiens à quelque cours de yoga pour retrouver le calme, le souffle, son rythme. Va ! … Avec on ne sait quelle force, mes premiers pas dans Venise, Prends les ruelles, évite la place, va vers Dorsoduro, les Zattere…  Et la magie de la ville opère la résurrection. J’me balade, le nez en l’air, très vite je sens le sourire redonner vie à ce visage sûrement dévasté. Je marche je marche dans Venise. Je suis bien.

Faim… taglioni aux scampi  ou vongole ?

Vous êtes seule ?

Illico, envie de lui foutre un pain au gentil serveur. Je sais bien que la formule est on ne peut plus normale si on y réfléchit, mais je l’ai prise comme un nouveau coup porté. Je ne veux pas que ce voyage soit un chemin de croix. L’idée je la rejette. Je décide désormais de prendre les devants, pour tout, restaurants, musées, concerts. – Bon d’accord – Est-ce que ça marche ? Pas vraiment. La douleur infuse encore lorsque je pénètre par exemple dans l’immense salon pour le petit déjeuner. Je baisse les yeux, bonjour discret à quelque voisin. Je choisis la table la plus isolée, quand même près d’une fresque de Tiepolo, ne lésinons pas. Un thé, demandé timidement. Hésite à me lever, choisir, moi la gourmande. Urli était fasciné par la diversité de ce qui était proposé. Sa joie d’enfant devant les gâteaux multiples arrivant tous les quarts d’heure. J’ai découvert là le plaisir d’une coupe de champagne matinale.

Et puis, on ne sait comment, le troisième jour, la libération. Spontanée. Telle la bulle de savon qui éclate. Je marchais avec légèreté,confiance retrouvée, rose aux joues. J’arrivais près d’un tout petit pont, en venait de l’autre côté un américain, connu, non pas quelque star du 7e art, non, un politique. Me croisant, il me regarde, me sourit, je ne lui en ai pas voulu d’avoir autant menti sur l’Irak, je lui souris aussi.
Et là, j’ai compris l’truc. Le sourire est une sacrée clé d’ouverture.

à suivre,

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Vous êtes seule – 3

  1. Encore une fois touchée.

    • admin

      Caroline, vous êtes généreuse. Je veux pas jouer la fausse humilité, mais il s’agit d’un tout petit truc. Une parenthèse dans ma vie bousculée. Un entre deux qui amena finalement une reprise en mains…
      Merci à vous. Anna
      Toujours un plaisir de voir votre présence vous savez…

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