Cela commence avec des regards plus fréquents.
Un jour des doigts osent, de façon circonspecte, lente, timide, furtive, muette, une seconde, se poser sur l’avant-bras de l’autre corps qui se trouve en face des yeux.
Un autre jour, la paume de la main forme comme une coque qui se referme sur le dos de la main qu’elle regarde
et la main, sous la main, ne se retire pas.
Les corps se font soudain plus proches de façon mystérieuse, d’un coup, sans qu’ils s’approchent en aucune façon.
Un jour, ils semblent à jamais proches, sans qu’ils aient besoin de bouger.
Puis la bouche vient plus près de l’oreille à qui l’on veut tout dire.
La bouche se glisse dans les cheveux noirs et roux où elle vient chuchoter.
Les lèvres se mêlent à une espèce de soie mais évitent de toucher cette étrange coquille.
Un jour, enfin, le regard s’attarde sur une partie du corps qui vaut pour toutes les parties du corps.
Ce jour-là est le seul jour où il y a de l’amour.
Ce jour-là les vêtements pèsent.
Ce jour-là le corps a si chaud qu’il semble embrasé. Une eau anime le fond des yeux. Une rougeur monte du bas des jambes et suit le ventre, franchit le nombril, gagne le torse, atteint les seins qu’il tend et monte jusqu’au regard qu’il agrandit. La voix s’abaisse. Les poignets quittent les manches, les doigts s’avancent dans l’air qui glisse entre les corps, ils dénouent des noeuds, ils ôtent des agrafes, dégagent des boutons, ouvrent, caressent. Ils saisissent ce qui est doux.

Les Larmes