cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

« The Americans » de Robert Frank – Yasmina Reza

Quelle importance ce qu’on est, ce qu’on pense, ce qu’on va devenir ? On est quelque part dans le paysage jusqu’au jour où on n’y est plus. Hier, il pleuvait. J’ai rouvert The Americans de Robert Frank. Il était perdu dans le bibliothèque, coincé dans un rayonnage. J’ai rouvert le livre que je n’avais pas ouvert depuis quarante ans. Je me souvenais du type debout dans la rue qui vendait une revue. La photo est plus granuleuse, plus pâle que prévu. Je voulais revoir The Americans, le livre le plus triste de la terre. Des morts, des pompes à essence, des gens seuls en chapeau de cow-boy. Quand on tourne les pages on voit défiler les juke-box, les télés, les objets de la nouvelle prospérité. Ils se tiennent aussi solitaire que l’homme ces arrivants surdimensionnés, trop lourds, trop lumineux, posés dans des espaces non préparés. Un beau matin, on les enlève. Ils feront encore un petit tour, bringuebalés jusqu’à la casse. On est quelque part dans le paysage jusqu’au jour où on n’y est plus.

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  1. Caroline D

    J’aurais aimé l’avoir écrit celui-là. Ou quelque chose qui s’en approche. Pour moi, tout y est. Ou presque.
    Merci, Anna.

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