cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

je m’intéresse plutôt au même – Sollers

pendant ce temps, on te parle toujours de « l’autre » comme étant la valeur suprême. On convoque immédiatement Levinas. Les mêmes, pourtant, ne voient même pas qu’il y a un visage d’autre en face d’eux. Tout ça n’est qu’une immense façade, un rideau de fumée.
Moi, je m’intéresse plutôt au même. À la « mêmeté ». Ça signifie : « Qu’est-ce que je peux reconnaître de même dans le tout autre ? » C’est autre chose. Ça s’appelle l’amour. Rien à voir avec quelque chose de pieux, au contraire, c’est électrique, fondamental, intense.

« J’aimais, Seigneur, j’aimais : je voulais être aimée.
Ce jour, je l’avouerai, je me suis alarmée :
J’ai cru que votre amour allait finir son cours.
Je connais mon erreur, et vous m’aimez toujours.
Votre coeur s’est troublé, j’ai vu couler vos larmes.
Bérénice, Seigneur, ne vaut point tant d’alarmes (…)

Racine se fait le confident de la « féminitude » de son temps. Les identités rapprochées multiples, comme j’aime dire, c’est encore une fois le problème de l’identité heureuse, pas complexe.
Si l’on se s’aime pas soi-même comment pourrait-on se faire aimer de quelqu’un ? Je pose la question. S’aimer soi-même c’est autre chose que de se regarder dans la glace et se trouver formidable. N’importe quel trou du cul, dit Céline, se voit Jupiter dans la glace. J’ajoute: N’importe quelle pouffiasse se voit aussi Vénus dans la glace!

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  1. Caroline D

    J’ai cherché, lu et écouté cet homme que vous m’aurez fait découvrir il y a quelques mois. Et jusqu’à maintenant, ce qui m’a le plus touchée peut-être est cette définition qu’il a donnée de l’art… qui me paraît plus juste que tout ce que j’ai pu entendre déjà pour tenter d’expliquer la chose… « l’art est une guerre du goût… ça forme le goût »…

    Merci encore, Anna, pour ces portes que vous m’ouvrez sur ces mots que vous aimez. Je me répète ici, mais je m’y nourris.

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