cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Noire – Tania de Montaigne

La vie méconnue de Claudette Colvin
le 2 mars 1955, dans le bus, Claudette, 15 ans, refuse de céder son siège à un passager blanc. Jetée en prison, elle plaide non coupable et attaque la ville de Montgomery. Avant elle, personne n’avait osé,

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Le 20 décembre 1956, après trois cent quatre-vingt-un jours, c’est la fin du boycott et la fin officielle de la ségrégation dans les bus de Montgomery. Le lendemain, Martin Luther King  et trois autres leaders noirs et blancs montent dans un bus. Ces photos feront le tour du monde. Aucune des quatre plaignantes n’aura droit à son portrait (…) et seul le magazine Look prendra quelques photos de Rosa Parks. Parmi elles, celle, devenue célèbre depuis, où on la voit, assise dans un bus, son sac sur les genoux, la tête tournée vers la fenêtre, le regard pensif. Derrière elle, un homme blanc, tout aussi songeur, regarde dans la direction opposée. Cet homme blanc n’existe pas vraiment, c’est le journaliste en charge de l’article qui a pris la pose. Cet homme blanc mettra des années à venir s’asseoir derrière ou à côté d’un noir sans penser que quelque chose n’est pas à sa place. D’ailleurs, dès le 27 décembre, les bus sont la cible de snipers, Rosa Jordan, une jeune femme noire de vingt-deux ans, enceinte de huit mois, est touchée aux deux jambes. On plastique des églises, des maisons, des magasins tenus par des noirs, on intensifie le harcèlement téléphonique, les menaces. Le maire annonce qu’il fera tout ce qui est nécessaire pour maintenir les lois de la ségrégation.
Mais bientôt, d’autres villes démarrent leur propre boycott, avec le soutien de Martin Luther King. Le mouvement des droits civiques est lancé, qui mènera le pasteur King jusqu’au Lincoln Memorial de Washington où, devant des centaines de milliers d’Américains noirs et blancs, il rêvera à voix haute, « I have a dream ». Et puis plus tard, le prix Nobel. Et puis plus loin, l’assassinat sur le balcon d’un hôtel de Memphis où le temps s’est arrêté, un 4 avril 1968.

Toutes ces nouvelles, vous (Claudette Colvin), vous les apprendrez par les journaux ou la télévision, mais vous n’en discuterez avec personne. Vous ferez comme vous a dit votre mère, vous vous tairez pour ne pas attirer l’attention, pour ne pas perdre votre boulot. Vous ferez comme vous a dit votre mère, parce que vous avez été forcée de partir, contrainte à l’exil. Comme Rosa Parks, vous avez quitté Montgomery où trouver un travail est mission impossible pour des femmes telles que vous. Comme Rosa Parks, vous avez laissé le Sud pour le Nord, elle à Détroit, vous, à New York. Vous y avez inventé une nouvelle vie où vous n’êtes personne (…)

Aujourd’hui vous avez soixante-quinze ans et, à Montgomery, il y a enfin une rue qui porte votre nom.
Aujourd’hui, vous avez soixante-quinze ans et, lorsque je vous regarde, je me dis qu’il fallait être quelqu’un pour être celle qui n’était pas Rosa Parks.

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  1. Caroline D

    Par chance qu’il y a des héros et des héroïnes. Et pas seulement des inconscients et des barbares.

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