CHANT XXI
Septième ciel : le ciel de Saturne (les contemplatifs)

Déjà mes yeux refixés au visage
de ma dame, et avec eux mon âme,
qui s’était détachée de toute autre pensée.
Elle ne riait pas ; mais, « Si je riais »,
dit-elle, « tu deviendrais pareil
à Sémélé réduite en cendres :
car ma beauté, qui s’accroît à mesure,
par les degrés du palais éternel,
que je monte plus haut, comme tu as vu,
si elle ne se voilait, brille si fort
que tes sens mortels, à son éclat,
serait feuillage que la foudre brise (…)
Mets ton esprit là où sont tes yeux,
et fait d’eux un miroir pour l’image
qui t’apparaîtra dans ce miroir-ci. » (…)
je vis, d’une couleur d’or traversée de rayons,
une échelle si longue vers le haut
que mon regard ne pouvait la suivre.
Je vis aussi par les degrés descendre
tant de splendeurs, qu’il me sembla
que toutes les lumières du ciel venaient de là.
Et comme les corneilles, par instinct naturel,
s’ébrouent ensemble au lever du jour
pour réchauffer leurs plumes froides,
puis les unes s’en vont sans retour,
d’autres reviennent d’où elles sont parties,
et d’autres, tournoyant, demeurent ;
il me sembla que là il en allait de même,
dans ce scintillement venu tout ensemble,
lorsqu’un certain degré fut touché.
Le feu qui s’arrêta le plus près de nous
devint si clair que je dis en pensée :
« Je vois bien l’amour que tu m’indiques.
Mais celle dont j’attends le quand et le comment
du dire et du faire, ne bouge pas ; aussi fais-je bien
malgré mon désir, de ne rien demander. »
D’où elle, qui voyait mon taire
dans le vue de celui qui voit tout,
me dit : « Délivre le désir qui te brûle ».