J’étais sans boussole. Je revois comme un mirage ces premiers jours à Paris chez Mira, les fêtes de Noël et les vacances. La première merveille de Paris qu’elle m’a montrée, c’était la messe de Noël 1965. Les dames en vison et les messieurs en cachemire, élégants et distingués, cet air pénétré et absent, que j’ai appelé plus tard « l’indifférence catholique », était-ce la charité chrétienne ? Sans bonté et sans enthousiasme. Le neige fondait sur les trottoirs de Paris. Mes bottines prenaient l’eau, sans pouvoir en acheter de nouvelles, j’étais perdue au milieu de ces humains qui s’empilaient comme des paquets cadeaux luxueux, fermés et inabordables.
Cette impression a perduré longtemps, même si les amis de Tel Quel, des collègues universitaires, puis des psychanalystes, m’ont sincèrement accueillie, attentifs et même solidaires.

Je me voyage
Mémoires
Entretiens avec Samuel Dock