Claude Sautet.
J’ai toujours adoré ses films. Son humanité féminine. Les trajectoires de sa caméra – que l’on suit comme les effluves d’un parfum de femme, ou l’ivresse d’un alcool d’homme, le long d’un zinc de café, dans une brasserie enfumée, brouillardeuse.
Elles mènent à la joie, au désir neuf, bouleversant. Elles captent ces regards qui en disent long sur l’immense faim des femmes, sur l’urgence des corps. Elles donnent à voir les mains qui allument des cigarettes avec une sensualité troublante, presque un désespoir, les peaux qui s’effleurent, électriques, gourmandes, jamais repues, les bras qui s’ouvrent, les corps qui s’élancent, plongent, refont surface, heureux, épuisés parfois.
Elles frôlent les lèvres écrasées de rouge, des morsures, les sourires, les rires forts comme des épaules d’homme, toute cette vie tapageuse et virtuose, dans le fracas des couverts claquant sur la porcelaine des assiettes, des pichets de vin au verre grossier cognant sur la table, avec, en bruit de fond, les notes d’un flipper, évoquant l’arythmie d’un coeur, ou celles d’un juke-box – Hurricane Smith, Billy Paul ou Led Zeppelin et Philippe Sarde.

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Danser au bord de l’abîme

(César et Rosalie)