je mesure l’immense injustice à voir une vie écourtée, mon insuffisance absolue, notre impuissance à tous à retenir quelqu’un qui sombre : nous n’avons pas cette force-là, aucun des amours dont nous sommes capables ne peut empêcher une chute.
Le silence gagne sur les rires.
Les brumes dissolvent les images.
Les regrets envahissent ceux qui restent.
Et puis on finit par se lasser des regrets.
On finit par survivre.
Un peu honteux.
Mais même la honte finit par se dilacérer.

Je dirai que j’ai connu la joie immense d’être passée, celle d’avoir dansé sur la Terre, celle d’avoir été en vie, d’avoir vu la lueur des étoiles, celle d’avoir goûté à la pluie, aux frissons, à quelques vertiges, d’avoir été heureuse, totalement, inconsidérément, et ce, malgré les foudres mauvaises, les sillages éphémères, les trahisons, les crépis d’ombre et tout ce qui, un jour, nous abandonne et nous isole – oui, malgré tout cela, je dirai encore que le plus beau reste à venir.

Danser au bord de l’abîme,

IIIe partie : La route des vins