cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Croire au merveilleux – Christophe Ono-dit-Biot

p 60-61
Le paradis s’annonce par petites touches.
D’abord, tu ne vois qu’une pancarte sur la route. Mais ni maison ni jardin. Tu t’arrêtes. Tu passes une grille, tu descends quelques marches. Et là, tu sens les parfums. D’abord, ceux du romarin, de la menthe, du thym et du basilic. En profondeur, celui de la mer, dont les vagues dansent, en bas, tu le devines. En note de coeur, les citrons. C’est le pays des citrons. Leur fief absolu. Il y a une première maison, où un solide gaillard aux yeux très clairs, qui s’appelle Gabriele, te donne la clef et empoigne tes bagages en te demandant de le suivre dans une volée de marches qui descendent à pic dans le bleu. La Tyrrhénienne déroule ses plis et replis dans le soleil, qui t’éblouit et décuple l’intensité des couleurs. Tu descends encore et la maison blanche apparaît avec ses volets bleus, son toit ondulé qui dessine le haut de la lettre Pi. Tu te souviens de tout, du paillasson bleu avec l’hippocampe blanc qui marque l’entrée, et du son de tes pas sur le carrelage des couloirs. Tu n’as pas eu à demander la même chambre. Il va de soi qu’elle te revient. C’est votre chambre. Tu sais que tu vas découvrir, au-dessus du lit, le tableau amateur qui représente l’église à dôme d’émail du petit village voisin. La porte s’ouvre et tu vérifies. Rien ne change ici, et c’est pour ça que vous veniez. Gabriele ouvre les volets qui donnent sur le balcon suspendu dans le bleu. Combien de fois, d’ici, t’a-t-elle mitraillé alors que tu nageais en contrebas, et que tu l’appelais pour qu’elle te rejoigne ?

Tu as failli fondre en larmes quand il s’est éclipsé. Les dalles fraîches où elle aimait s’étendre quand la nuit était chaude. Tu as ôté tes vêtements. Tu t’es immergé sous la douche en regardant la mer par la fenêtre en ogive. Ton corps entre deux eaux. Tu t’es étendu sur le lit et la brise a séché les dernières gouttes. Tu as pensé à elle, et d’autres larmes sont venues, dissipant un instant la tension.

Tu étais de retour dans la beauté. Sans elle.

(nota personnel sans intérêt aucun : j’adore ce roman)

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  1. Caroline D

    Vous adorez, vous dites…
    Et moi je me disais, en lisant ces lignes, que l’endroit à partir duquel l’auteur écrit ressemble à celui à partir duquel vous-même écrivez.
    Bonne fin de journée, Anna.

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