Au moment où j’écris ces lignes, 21 h 30, à la campagne, jour de mai très sec et très bleu… Le ciel est clair, chaque étoile est une note brillante,  je constate, une fois de plus, l’étendue de mon ignorance des constellations. Comme je me trouve dans l’hémisphère Nord, je localise immédiatement la Grande Ourse, l’étoile Polaire et la Petite Ourse, je vais jusqu’à Cassiopée et Andromède, mais je suis vite perdu du côté de Persée, d’Orion, du Lézard et de la Girafe, sans parler du Dauphin, de la Flèche, du Cygne, du Dragon et du Lion.

Pauvre type, tassé sur sa petite Terre, incapable de situer Véga, Hercule, l’Hydre, Régulus, le Cancer, Castor, Pollux, et même pas, quelle honte, la Chevelure de Bérénice ! Changeons-le d’hémisphère, sera-t-il plus performant au Sud ? Mais non, il titube déjà entre le Lièvre, la Colombe, la Grue, le Phénix, le Paon, le Toucan, le Capricorne. Croyez-vous qu’il va se ressaisir près de l’Oiseau de Paradis ? Pas du tout : il passe, sans les repérer, au large du Scorpion, du Loup, du Serpent, de la Dorade, du Peintre, de la Poupe, de la Boussole, du Camélon, de la Mouche, de l’Autel, du Corbeau, du Centaure, des Voiles, et, c’est un comble, de l’Hydre femelle ! Il fait le malin deux minutes en se raccrochant à la Croix du Sud…

Il admire l’extraordinaire invention verbale de ces cinglés d’astronomes. Quelle imagination, quel fantastique roman, quelle poésie grandiose ! Qui était là pour nommer La Chevelure de Bérénice ou l’Hydre femelle ? Tous ces noms sont vrais, leurs auteurs sont inconnus à jamais.

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