cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Cela sentait si bon – Pascal Quignard

Un jour que le matin
3 novembre 2013
je ratissais et faisais brûler ce qui restait de feuilles mortes…
une libellule est venue survoler un petit tas informe des feuilles qui se recroquevillaient près du talus des menthes décrépites et, même,
tirebouchonnées.
Elle a fait – bruyamment, vrombissante – un tour, deux tours – et puis un plus grand tour dont l’envergure ou le périmètre étaient tels que je l’ai cru partie.
Elle s’est posée soudain sur une pauvre tache de soleil dans la mousse.
La Demoiselle aux ailes aussi vert et bleu que la tête d’un canard colvert est restée parfaitement immobile.
Elle regardait le tas de feuilles mortes qui brûlait sur la rive.
Cela sentait si bon. Elle en aimait la chaleur diffuse. Elle regardait le coeur de braises qui ne se consumait pas…
Un pur événement d’odeurs et de grésillement sourds sur la rive.
Un unique instant qui dure plusieurs heures…
Ô minuscule roussette grise qui vient près de la flamme
qui vient réchauffer tes petits doigts de mammifère comme saint Pierre, dans la cour d’Anne, aux cheveux blancs,
au-dessus du braséro étendait ses deux paumes,
dans la belle ville citadelle de Jérusalem,
des cuisses frissonnant sous sa tunique blanche,
et le sexe glacé,
jusqu’à ce que le coq chante
et qu’il verse son pleur.

Moi je suis heureux du temps où j’ai vécu. Ce siècle me convenait.
Je n’avais pas pensé dans le ventre mouvementé et resserré et anxieux de ma mère
qu’il pût y avoir un jour à connaître quelque chose d’aussi beau que pouvait être l’aube.

Un jour de bonheur

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  1. Extrait aussi délicieux qu’un… quignon de baguette de pain frais.

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