Toujours trop de phrases à propos du nu. Un jour Manet grogne : « Il paraît qu’il faut que je fasse un nu. Et bien, je vais leur en faire un. »
C’est l’Olympia : scandale.

Mais un tableau de génie, même le plus habillé est un nu. Berthe Morisot, en grand noir, est nue comme personne. Cette pivoine est un nu, et cette asperge, ne m’en parlez pas, cachez-moi cette botte que je ne saurais voir. Léon, dans Le déjeuner dans l’atelier, est nu comme un dieu grec qui a juste emprunté un habit (et une auréole de canotier) pour être dans les moeurs de son temps (qu’il dépasse de toutes ses forces). Un grand livre est un nu de part en part, dénudant la société et soi-même, raison pour laquelle il y a tant de mauvais livres et d’installations de peintures pour cacher le nu. Le petit-fils de Freud, Lucian, haïssait le nu, et s’en est lourdement vengé par des boursouflures monstrueuses : il en a été remercié à coups de millions de dollars. Toutes les femmes ont peur du nu peint ou écrit, elles font semblant de préférer la photo, la mode, le cinéma, les romans sentimentaux, mais finalement pudeur, crainte, poids, entretien, elles ne pensent qu’au danger du nu. Sans phrases.

La très chère était nue, et connaissant mon coeur,
Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores…

 Pas de « bijoux sonores » pour l’Olympia. Baudelaire se tait. Il vient, pour la première fois, de tomber sur un nu sans phrases.

L’Eclaircie