cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : mai 2017 (Page 2 sur 2)

le désir et la douceur – Laurent Gaudé

Ils s’aiment. Ils ne se voient pas, ne sont pas au même endroit, regardent simplement tous les deux la même mer, cette Méditerranée de sang et de joie où sont nés des mondes sans pareils, et ils s’aiment. Peu importe que leur histoire – à l’inverse des autres – ait débuté par les corps et se construise à rebours, dans l’absence maintenant, elle le voit, elle sait qu’il a en lui la même défaite qu’elle, celle du temps qui nous fait doucement plier, celle de la vigueur que l’on sent s’amenuiser et disparaître. Écoutez nos défaites. Il n’y a pas de tristesse, elle n’a rien perdu ni lui non plus (…)
ils le disent ensemble, avec une sorte de douceur et de volupté, écoutez nos défaites, nous n’étions que des hommes, il ne saurait y avoir de victoire, le désir, juste, jusqu’à l’engloutissement, le désir et la douceur du vent chaud sur la peau.

Écoutez nos défaites

Ce soir, – Peter Handke

Ce soir, on dirait que tout ce que j’ai désiré s’accomplit, comme si, sans distance à parcourir, je pouvais par enchantement me rendre d’un lieu de bonheur à l’autre,

l’étincelle de singularité – Paul Auster

Tu as soixante-trois ans. Il te vient à l’esprit que, dans le long voyage qui t’a mené de l’enfance à aujourd’hui, rares ont été les moments où tu n’as pas été amoureux. Trente ans de mariage, oui, mais dans dans les trente années qui ont précédé, combien de coups de foudre et de passions, combien de flammes et de tentatives de conquête, combien de délires et de folles embardées du désir ? Dès le début de ta vie consciente, tu as été un esclave consentant d’Eros. Les filles que tu as aimées jeune garçon, les femmes que tu as aimées devenu homme, chacune différente des autres, quelques-unes rondelettes et d’autres maigres, quelques-une petites et d’autres grandes, quelques-unes portées sur la lecture et d’autres sur le sport, quelques-unes moroses et d’autres extraverties, quelques-unes blanches, d’autres noires et d’autres encore asiatiques, mais rien de ce qui restait en surface n’avait d’importance pour toi, ce qui comptait c’était la lumière intérieure que tu détectais chez une femme, l’étincelle de singularité, le flamboiement du soi révélé, et cette lumière la rendait belle à tes yeux même si d’autres étaient aveugles à la beauté que tu percevais, et alors tu brûlais d’être avec elle, près d’elle, car la beauté féminine est une chose à laquelle tu n’as jamais pu résister (…)
Tu était un amant insensé, et ça n’a pas changé.

Chronique d’hiver

Sapiens, une brève histoire de l’humanité

Il y a environ 13,5 milliards d’années, la matière, l’énergie, le temps et l’espace apparaissaient à l’occasion du Big Bang. L’histoire de ces traits fondamentaux de notre univers est ce qu’on appelle la physique.
Il y a environ 300 000 ans après leur apparition, la matière et l’énergie commencèrent à se fondre en structures complexes, appelées atomes, lesquels se combinèrent ensuite en molécules. L’histoire des atomes, des molécules et de leurs interactions est ce qu’on appelle la chimie.
Voici près de 3,8 milliards d’années, sur la planète Terre, certaines molécules s’associèrent en structures particulièrement grandes et compliquées : les organismes. L’histoire des organismes est ce qu’on appelle la biologie.
Voici près de 70 000 ans, des organismes appartenant à l’espèce Homo sapiens commencèrent à former des structures encore plus élaborées : les cultures. Le développement ultérieur de ces cultures humaines est ce qu’on appelle l’histoire (…)
Il y eut des êtres humains bien avant qu’il y ait histoire.

Yuval Noah Harari

Un jour commence – Octavio Paz


Ouvrir et fermer des portes
La graine du soleil s’ouvre sans bruit
Un jour commence
La brume gravit la colline
Un homme descend la rivière
Ils se rencontrent dans tes yeux
Tu te perds dans le jour
Chantant dans le feuillage de la lumière
Des cloches sonnent au loin
Chaque appel est une vague
Chaque vague ensevelit à jamais
Un geste une parole la lumière contre le nuage
Tu ris et te peignes distraite
Un jour commence à tes pieds…

Au fond j’ai toujours su – Houellebecq

Au fond j’ai toujours su
Que j’atteindrais l’amour
Et que cela serait
Un peu avant ma mort.

J’ai toujours eu confiance,
Je n’ai pas renoncé
Bien avant ta présence,
Tu m’étais annoncée.

Voilà, ce sera toi
Ma présence effective
Je serai dans la joie
De ta peau non fictive,

Vieille jeunesse – Eluard

À la fontaine il lui donna un baiser dans la bouche
Sous le ciel vide il lui donna ses dix doigts et ses yeux
Au cours du temps il lui donna sa vie et des enfants

L’écho fidèle répéta sans fin cette chanson
Le miroir clair du corps humain en fit tout un bouquet
Façon de vivre façon d’être et l’unique raison

De se défendre sans douter de son éternité.

Une étrangère – Jaccottet


De la maison des rêves sans doute sortie,
elle m’a effleuré de sa robe en passant…
et déjà je la suis, parce que faible
et presque vieux, comme on poursuit un souvenir ;
mais je ne la rejoindrai pas plus que les autres
qu’on attend à la porte de la cour ou de la loge
dont le jour trop revenu tourne la clef.
Je pense que je n’aurais pas dû la laisser
apparaître dans mon coeur ; mais n’est-il pas permis
de lui faire un peu de place, qu’elle approche
– on ne sait pas son nom, mais on boit son parfum,
son haleine et, si elle parle, son murmure –
et qu’à jamais inapprochée, elle s’éloigne
et passe, tant qu’éclairent encore les lanternes de papier de l’acacia ?
Laissez-moi la laisser passer, l’avoir vue encore une fois,
puis je la quitterai sans qu’elle m’ait même aperçu…

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