L’enfance s’anéantit un jour de juillet 1937. La famille est en vacances dans un chalet en location à Morzine, en Savoie. Le père est attablé et tombe. D’un coup, il s’évanouit. La famille hurle. Il meurt le lendemain. Ce héros superbe, Vadim ne l’aura quasiment pas connu. L’enfant vif et rieur ne perdra jamais ses qualités. Mais désormais, il saura que le bonheur peut ficher le camp à chaque instant. Et il en profitera, rira de tout, y compris de ses propres malheurs, cherchera à être heureux coûte que coûte (…)
Les tapis persans sont tous vendus. Il faut survivre et c’est impossible en ville. Alors Marie-Antoinette repart. Direction la Savoie, là-même où son époux est mort. Elle s’installe près de Morzine, aux Gets, en Haute-Savoie, dans le hameau des Folliets (…) Coupés du monde, les Plemiannikov se démènent pour être heureux. La mère loue une ferme qu’elle transforme en auberge de jeunesse. Dans l’hebdomadaire Marianne, elle fait passer une annonce en juin 1938 : « Hte-Savoie, alt. 1350. Famille prendr. enfants, pens. soins maternels, prix modér. Ecr. Mme Ardilouze, 9 r. Turbigo, Paris ». Arrivent des jeunes gens qui veulent profiter de la montagne, ou apprendre le métier d’aubergiste. Vadim croise Yves Robert, le futur metteur en scène. Mais, la guerre éclatant, en fait de personnes désireuses d’air pur, la maison accueille surtout des réfugiés. Des Juifs traqués ou des réfractaires au STO qui veulent passer en Suisse à dix kilomètres. L’enfance est définitivement finie. Vadim voit les yeux de ceux qui ont tout quitté. L’adolescent aide certains d’entre eux à passer. Beaucoup font payer les évadés, pas lui. Il leur demande jsute si, une fois libres, ils pourront lui envoyer par la poste du lait concentré et du chocolat.
Mais il voit aussi ceux qui épient par la fenêtre et dénoncent le voisin, ceux qui font passer des petits mots à la milice. Un dimanche, il est à vélo avec un ami. Le copain est d’une famille catholique, il est habillé pour la messe. Pas Vadim. Ils arrivent au village. Des Allemands, aidés par des miliciens, mettent les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre. Vadim a l’allure d’un gosse et est dirigé vers la seconde partie, son ami ressemble à un adulte. Il sera exécuté, comme tous les autres hommes. À Morzine, aux Gets et aux Folliets passent des familles pour quelques semaines. Ou bien des enfants aux noms très franchouillards sont inscrits. Ce sont des Juifs. Une petite fille, Françoise Durand, est dans sa classe, au cours Rossi. Elle est si belle, il est fou d’elle. Ils s’embrassent. Un baiser d’enfants, qui transporte Vadim. Son vrai nom est Nicole Dreyfus. Elle sera actrice sous le nom d’Anouk Aimée.

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