Sans Campanile, il n’est point de Venise. Le clou d’or roux du clocher en aiguille, lui seul, fixe la sirène changeante. Il pique l’heure pour la folle oublieuse. Dès l’aube, il rive la flottante Venise au matin bleu ; et le soir, le Campanile est le mât de brocart rose et d’or à la barque amarrée pour Vénus, sur la lagune (…)
Dans le premier feu du désir, on ne reproche rien à la femme qu’on aime. On ne juge point Venise : on la caresse, on la baise, on s’y laisse vaincre et tenter ; car toujours elle tente. Dans un abandon exquis de toute volonté, on y oublie son plan et sa règle. J’abdique, pour une heure, mon art et mon dessein. Je me mets aux pieds nus de la Reine. J’épouse le style de l’amour voluptueuse, du plaisir et de la fantaisie.
Je veux camper dans la beauté qui se touche et l’ardeur sensuelle. Il ne pleut pas à Venise ; le ciel jamais n’y est gris ; jamais on n’y vit de la neige. Et certes, il n’est plus de Venise, quand la lumière est éteinte, sous les nuages et la pluie.
Que toute confiance soit faite aux fées, en ce lieu de féerie.

Le voyage du Condottière