17 mars 1811
J’ai écrit plusieurs lettres, à quelques mois de distance, à l’aimable et douce Bereyter. Elle a enfin permis que je lui rendisse mes hommages en personne. Bereyter m’a dit qu’en arrivant chez elle j’avais les yeux fort petits et l’air fat. J’aurais dû avoir l’air timide. Je l’embrassai tendrement le premier jour, je l’eus chez moi le second (29 janvier 1811).
Nous avons été tourmentés par des lettres anonymes qui l’ont effrayée et lui ont donné pour moi un goût qui paraît vif. Un cuistre bilieux, nommé Fournier, attaché comme chirurgien à Mme la princesse de Galitzine, est véhémentement soupçonné par moi d’être l’auteur des douze ou quinze lettres que nous avons reçues. On avait pour but de me faire croire qu’Angélique était une fille. Ça n’a pas réussi (…)
J’ai la douce et bonne petite Angélique chez moi toutes les nuits. Elle sait fort bien la musique, mais a le jugement faussé par la grossièreté de l’école française du moment. Elle a le front de me répéter que le savant vaut bien mieux que le chantant.
Enfin, du côté de l’amour je suis parfaitement content. Elle écrit comme un ange. Le jour de la plus sanglante des lettres anonymes, elle m’écrivait : « Je suis au désespoir. Venez, je vous en supplie, à quelque heure que ce soit dans la nuit, venez. »