On disait que les coccinelles portent bonheur. Si l’une d’elles atterrissait sur ton bras, tu étais censé faire un voeu avant qu’elle ne s’envole. Les trèfles à quatre feuilles étaient eux aussi des porte-bonheur, et tu as passé d’innombrables heures à quatre pattes dans l’herbe, pendant la première période de ton enfance, à la recherche de ces petits trophées qui existaient bel et bien mais qu’on ne dénichait que rarement et dont on fêtait par conséquent la découverte à grand bruit.
On savait que le printemps était proche quand apparaissait le premier merle d’Amérique avec sa poitrine rousse et son dos marron : il surgissait brusquement et inexplicablement un matin dans le jardin derrière la maison, et il sautillait dans l’herbe en creusant pour attraper des vers. Dès ce moment, tu te mettais à dénombrer les merles, prenant bien note du deuxième, du troisième, du quatrième, ajoutant tous les jours d’autres merles à ton pointage, et quand tu aurais fini de les compter il ferait déjà chaud.

Chronique d’hiver