Je peux presque percevoir l’odeur de la mer qui attire ce vacarme dans les arbres, mais j’ai ma lampe et tout ce que j’ai à faire c’est de suivre ce merveilleux chemin sableux qui plonge, plonge, vers le carnage croissant, et soudain redevient plat. J’aperçois un pont en rondins ; voilà le parapet du pont, voilà la rivière, à peine plus d’un mètre en-dessous ; traverse le pont, vagabond éveillé, va voir ce qui se passe sur l’autre rive ! Risque un oeil sur l’eau en passant ; ce n’est guère que de l’eau sur des rochers. Une bien petite rivière d’ailleurs.
Et maintenant, devant moi, une prairie de rêve avec la bonne vieille barrière d’un corral. Une clôture de barbelés longe la route à gauche. Mais c’est là le terme de mon voyage. Enfin ! Je me glisse entre les fils et me voilà qui enfile un joli petit sentier sablonneux, à travers une bruyère sèche et odorante, comme si, surgissant de l’enfer, je pénétrais dans un vieux Paradis terrestre familier, mais oui, et je rends grâce à Dieu. Pourtant, une minute plus tard, mon coeur se serre à nouveau car j’aperçois des choses noires sur le sable blanc devant moi, mais ce ne sont que des tas du bon vieux crottin des mulets de ce Paradis.