Supposons : c’est encore le printemps, la guerre est finie, l’utilisation incessante et complaisante des horreurs et des sermons à leur sujet vous ennuie, vous avez une soudaine envie d’air frais, de légèreté, et même d’immoralité, vous vous moquez de la réprobation que ce désir entraîne, on vous glisse un petit livre entre les mains, l’auteur est anonyme, c’est un « calendrier du plaisir » édité en 1791 « à Paphos, imprimerie de l’amour ». Faux ? Canular ? Pas du tout. L’auteur est anonyme, mais mériterait de ne plus l’être : « Nous allons soulever contre nous la tourbe immonde des cagots et des hypocrites ; ils crieront au scandale, et les sots feront chorus ; mais nous aurons pour nous les vrais philosophes et les jolies femmes ; et nous nous croirons amplement dédommagés par l’estime des uns et le sourire des autres. »

1791 : la date est importante. La Révolution a eu lieu, et elle n’est pas encore le « bloc » que la religion républicaine, ensuite, voudra faire peser, au nom de la nation, sur les esprits. Inutile de cacher qu’il s’agit ici de prostitution, ce plus vieux métier du monde, dont l’âge d’or, si on peut dire, se situe au XVIIIe siècle. Déjà, les dévots sont choqués, et il n’est pas sûr qu’il y ait encore, de nos jours, de « vrais philosophes ».  Des jolies femmes, oui, certainement, mais peut-être, elles aussi, gênées par l’évocation de ces coulisses peu convenables, en contradiction avec la publicité permanente pour produits de beauté ou la programmation pornographique dissuasive.

Éloge de l’infini