Au lieu de prendre la grande route, il revint parmi les caroubiers et les oliviers par un petit chemin détourné qui passait au pied de la montagne et débouchait derrière sa maison. Il écrasa du pied quelques olives et s’aperçut que le chemin était entièrement tigré de taches noires. À la fin de l’été, les caroubiers mettent une odeur d’amour sur toute l’Algérie, et le soir ou après la pluie c’est comme si la terre tout entière reposait, après s’être donnée au soleil, son ventre tout mouillé d’une semence au parfum d’amande amère… Dans ce petit chemin, avec le soir et le soupir détendu de la terre, elle devenait légère, à peine sensible aux narines de Patrice – comme une maîtresse avec qui l’on sort dans la rue après tout un après-midi étouffant, et qui vous regarde, épaule contre épaule, parmi les lumières et la foule.

La mort heureuse