cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : juillet 2017 (Page 2 sur 2)

Lundi 9 juillet 2012

Lundi 9 juillet 2012
(Douceur de l’air, beaucoup de nuages très gris, très gros)
Il y a là ce livre qui me tente… Un petit guide sur Venise, de quelques pages. Certes… mais, « Se perdre dans Venise » avec René Huygue et Marcel Brion, — ça a de la gueule. Les conversations de ces deux-là vont me permettre de patienter jusqu’à novembre. Y aller, y aller bordel, y aller encore une fois… s’il vous plaît.
p 22 je retiens que l’octogone est le symbole de la Résurrection, de même que l’hexagone celui de la mort.
p 25 (comme je suis ignorante) : la mosaïque romaine est faite avec des petits cubes de marbre opaques : c’est de la construction, c’est du bâtiment, tandis que la mosaïque byzantine vénitienne est faite avec des cubes de verre, et le verre c’est la transparence, à travers laquelle s’installe l’or des fonds, c’est la lumière.
Déjeuner au Récamier avec Rosine. Place 23 que je préfère, juste derrière le bar, à droite en entrant (…) En sortant, nous sommes allées prendre des Dunhill au tabac du coin. Assises sur un banc dans le petit jardin derrière le Bon Marché (soleil, soleil !), Rosine m’a expliqué comment avaler la fumée.
Un tout petit aperçu du goût de l’interdit.
Près de 22 heures. Je scrute les nuages, il y a du rose, du bleu, du gris, tout est ébouriffant de beauté.
Je pense aux textes que je veux écrire, sur Clem, Urli. Mes hommes. Me laisserais tenter par À perte de vue, pour Clem,.. sais pas pour Urli. Vagabondage des idées. En face de moi, le tirage NB de Laura. La photo fut prise au bar du Monaco à Venise. Laura est sublime de beauté et d’italianité (ça se dit ?)

Carnet n° 9

Intimus – Sollers

Intime, du latin intimus, est le superlatif d’interior, intérieur, et signifie l’essence d’une chose, ce qui est inhérent à sa nature. On peut avoir une conviction intime contre toutes les apparences. Il paraît qu’il existe des amis intimes, et même que certains rapports le seraient. Pascal va même jusqu’à dire qu’on pourrait se trouver « dans l’intime de la volonté de Dieu ».
Tout cela nous paraît désormais douteux, voire violemment dépassé par le monde tel qu’il se fabrique : marchés financiers, publicité généralisée, indiscrétion systématique, perte de confiance globale, commandos-suicides… Plus d’intime : bruit et fureur, escroqueries sentimentales, somnambulisme ambiant, mauvaise humeur, jalousie, envie. On ne s’entend plus, d’où le mot déjà ancien, mais pas assez médité de Lautréamont : « La mouche ne raisonne pas bien, à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. »
« Trouver le lieu et la formule », disait Rimbaud. Oui, l' »Intime formule ».
Cela exige une clandestinité, au moins égale à celle d’un terroriste en action.
On veut briser votre intimité ? Défendez-la les armes à la main. Armes mentales bien entendu, sans cesse en alerte. Soyez invisible en plein jour, multipliez les leurres, jouez des rôles, cloisonnez, changez d’identité, ne soyez jamais à la même place, faites travailler vos ennemis, ne permettez pas à vos amis de devenir ennemis, méfiez-vous de tout le monde et d’abord de vous-même, ne croyez pas vos rêves, ne demandez surtout pas la définition de votre sexualité.
Fermez votre porte. Silence.
Lisez…
Je vous permets d’écouter pour la centième fois la Fantaisie en ut mineur K.475 de Mozart, dans l’interprétation de Friedrich Gulda…
Levez la tête.
Achetez une fleur.
Dormez bien.

Discours parfait

Aimer quelqu’un – Nicolas Grimaldi

La question : Comment peut-on avoir son identité hors de soi ?
Comment ce qui me fait le plus profondément moi peut-il être hors de moi ? »
On s’éprend d’une personne à cause de la musicalité que tout son style exprime.
Par le plus simple de ses gestes, elle affranchit le monde de sa banalité. La personne que nous aimons transfigure l’existence par la lumière, la couleur, le tempo que son style y apporte. En ce sens, aimer quelqu’un, ce serait être tellement bouleversé par sa musicalité qu’on ne désirât rien tant que l’accompagner, tant on voudrait qu’il ne pût être aussi parfaitement lui-même qu’en l’étant en nous.

N’y a-t-il rien de plus irrésistible que d’être celui par qui va fermer la blessure de l’attente… L’amour avait été pour eux cette révélation : la douceur d’être ensemble.

Métamorphoses de l’amour

Devant le miroir – Erri De Luca

Devant le miroir, je sens un frisson juif quand je me rase sous les tempes, devant le fromage je me sens un nez français, et avec du vin dans mon verre je sens dans ma paume la chatouille de quelque grand-père qui bêche sur les marnes pelées des collines piémontaises.

3 chevaux

Désert – Le Clézio

Ils marchaient lentement vers l’eau des puits, pour abreuver leurs bouches saignantes. Le vent avait commencé à souffler, là-haut, sur la Hamada. Dans la vallée, il s’affaiblissait sur les palmiers nains, dans les buissons d’épines, dans les dédales de pierre sèche. Mais, loin de la Saguiet, le monde étincelait aux yeux des voyageurs ; plaines de roches coupantes, montagnes déchirantes, crevasses, nappes de sable qui réverbéraient le soleil. Le ciel était sans limites, d’un bleu si dur qu’il brûlait la face. Plus loin encore, les hommes marchaient dans le réseau des dunes, dans un monde étranger.
Mais c’était leur vrai monde. Ce sable, ces pierres, ce ciel, ce soleil, ce silence, cette douleur, et pas les villes de métal et de ciment, où l’on entendait le bruit des fontaines et des voix humaines. C’était ici, l’ordre vide du désert, où tout était possible…

« Tu vivras de ta peinture et de poésie » – Fabienne Verdier

Au détour d’un sentier, au pied d’un arbre, nous avons rencontré, assis sur un petit muret, un personnage étonnant qui m’a fait un peu peur. Il avait des ongles très longs, une grande barbe, un visage tanné par le soleil, si émacié qu’on avait l’impression qu’il était devenu caillou ou minéral. C’est tout juste si de la mousse ne poussait pas sur ses épaules. Il portait une cape en paille, des sandales de corde et tenait une canne sculptée. Il avait un regard malicieux et un sourire d’une grande bonté. Il puait affreusement mais dégageait un rayonnement extraordinaire. Le maître était ravi de rencontrer un ermite de la forêt et lui a offert une cigarette. Le vieil homme savait lire dans les lignes de la main. Le maître, fort intéressé par les sciences occultes, me pressa de lui tendre la mienne. Je voulus refuser mais, comme il insistait en disant que cela lui ferait plaisir, je cédai. Le vieillard prit ma main et un long silence suivit. Enfin, il déclara : « C’est excellent. » Mon maître était ravi. « Tu as un destin merveilleux, ajouta le devin. Ton chemin sera très dur, épuisant, mais tu seras riche et heureuse. Ne te fais plus aucun souci. Tu vivras de ta peinture et de poésie. »

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