Elle avait enfilé un pantalon American Apparel, troué à l’entrecuisse, et son tee-shirt Hello Kitty noir et rose, qu’elle ne porte que quand elle est seule. Quitter son jean en rentrant est toujours un grand soulagement. Elle les achète trop étroits, tablant sur une perte de poids imminente. Ce qui fait qu’elle passe ses journées à tirer sur son pull pour qu’il cache ses hanches. La graisse sort en bourrelets au niveau de la taille, elle ressemble à un muffin pas frais. Elle avait allumé une bougie Diptyque qui prenait la poussière depuis des mois, pour créer une atmosphère cosy. Qui avait bien pu lui offrir ce truc ? Ça coûte une fortune et il paraît que c’est toxique. Elle avait fait quelques étirements appris au yoga, en écoutant sur YouTube des mantras tibétains. Elle était restée étendue sur le dos, les paumes tournées sur le plafond, à respirer du ventre aux clavicules, détendant la mâchoire et le ventre. Les doubles rideaux gris achetés chez Zara Home la protégeaient de l’extérieur, du froid, des sons, des regards… Elle avait réchauffé une pizza Monoprix Gourmet, s’était installée avec un plateau dans son lit et avait regardé sur Internet un documentaire d’Arte sur la poupée Barbie (…)
Elle n’a même pas un chat pour lui tenir compagnie. Le soir, elle arrive, elle allume la télé direct. Et elle se sert un verre. Dans cet ordre. Elle a accroché au-dessus de son bureau une carte du monde, elle met des punaises rouges où elle est allée et des jaunes où elle ira prochainement. Elle voyage tous les ans. Elle économise et se paye un dépaysement. C’est tellement épanouissant. Mais elle n’a pas envie que Vernon voie ça. Si elle y pense d’un point de vue extérieur – elle a peur que tout ce qu’elle considère d’habitude comme des oasis de plaisir et de paix devienne une série d’indicateurs de pathos.

Vernon Subutex – 2