À la fin du mois de décembre, incapable d’affronter plus longtemps la presse de New York qui me tourmentait sans cesse, je m’embarquai pour l’Europe (…)
J’avais demandé à Garbo où descendre à Paris, et cette très chère dame m’avait répondu : – Essayez le George-V.
Je ne voyais pas comment Garbo pouvait se tromper, mais de toute ma vie passée dans des chambres d’hôtel, je n’ai jamais haï un hôtel autant que celui-là.
Dès le lendemain, je m’installai sur la rive gauche, dans un hôtel appelé le Lutétia. Il répondait plus à mes goûts, mais il n’était pratiquement pas chauffé. J’étais encore poursuivi par la presse. Et je me sentais de moins en moins bien, sans doute parce qu’en Europe, pendant les premières années de l’après-guerre, la nourriture était encore bien insuffisante.
J’étais surtout heureux de la vie nocturne de Paris, que j’avais rapidement découverte. J’allais beaucoup au Boeuf sur le Toit (…) Je passais la plus grande partie de mes journées dans l’immense baignoire dont je disposais au Lutétia. Les radiateurs ne fonctionnaient pas, mais pour une raison obscure, l’hôtel fournissait l’eau chaude à satiété. Je recevais les journalistes dans ma baignoire. Il y a quelque chose en moi qui fait que j’aime recevoir les journalistes en toutes circonstances (…)
Tout à coup je tombai gravement malade et je me fis conduire à l’hôpital américain de Neuilly. Les médecins m’apprirent que j’étais « atteint d’hépatite et de mononucléose » (…) Dans mon journal j’avais écrit : « Cette fois, le bal est fini ».
Sur le bateau qui m’emmenait en Europe, j’avais rencontré une charmante jeune femme dont les parents étaient d’éminents journalistes français. Le père, M. Lazareff, était directeur de France-Soir, et la mère, Mme Lazareff, était rédactrice en chef d’Elle. Mme Lazareff vint me voir à l’Hôpital américain où j’attendais la venue de la Mort.
– Vous allez immédiatement quitter ce lit ! Je vous emmène à la maison, je vous offre un bon dîner et je vous mets dans un train pour le Midi.
Elle m’expédia dans une auberge appelée La Colombe d’Or, où résidait sa fille. C’était un endroit fréquenté par des artistes et des écrivains, sur la commune de Vence, où D.H. Lawrence était mort. Des tourterelles d’une blancheur de neige y voletaient et y roucoulaient toute la journée, et cela me rendait malheureux. Je n’y restai que deux jours et je partis pour l’Italie.
À peine avais-je franchi la frontière italienne que je sentis la vie et la santé me revenir, comme par magie. Il y avait le soleil et aussi ces Italiens, toujours souriants.