cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

de toute éternité – Houellebecq

Il y a un très beau mot désignant l’homme qui a découvert un trésor, c’est celui d’inventeur. Qu’il l’ait découvert par hasard, en s’égarant dans la forêt, ou après quinze ans de recherche, compulsant de vieilles cartes datant de l’époque des conquistadors, n’y change absolument rien. Et c’est la même chose qu’on ressent lorsqu’on a écrit un poème : qu’on ait passé deux ans ou quinze minutes à l’écrire, cela revient au même. Tout se passe comme si, c’est irrationnel je sais bien, tout se passe comme si le poème avait déjà été écrit bien avant nous, qu’il avait été écrit de toute éternité, et qu’on n’avait fait que le découvrir. Le poème une fois découvert, on s’en tient à quelque distance. On l’a dégagé de la terre qui l’entourait, on a donné quelques coups de brosse ; et il brille, accessible à tous, de son bel éclat d’or mat.
Le roman, c’est autre chose ; c’est beaucoup de cambouis, de sueur ; ce sont des efforts insensés déployés pour que tout cela reste un peu en place, pour resserrer les boulons, pour éviter que l’ensemble ne parte dans les décors ; c’est quand même, une espèce de machinerie.
Je ne renie pas mes romans, je les aime bien mes romans (…) et la tête sous le billot, je maintiendrai que le roman (même ceux de Dostoïevski, de Balzac ou de Proust) reste, par rapport à la poésie, un genre mineur.

 

Ennemis publics
(échange avec Bernard-Henri Lévy)

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  1. Caroline D

    Deux belles définitions, qui me font sourire de bonheur.

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