C’est par inadvertance, parfois, qu’une révolution a lieu. Un effet d’une extrême douceur, à peine différent des autres moments, et c’est pourtant la vie qui soudain prend feu, s’embrase. Mais d’un feu d’une douceur inexplicable. Comme si soudain on vous prenait par la main le long d’un précipice et qu’il fallait non seulement passer mais danser, et que oui, vous dansiez sans peur ni vertige, que l’espace même prenait refuge en vous, et qu’alors une fois arrivée de l’autre côté tout aurait changé, mais sans violence.
La révolution intime est-elle de cet ordre ? C’est ce qui la rend si difficile à penser, à transcrire, à capter. Elle est une spirale qui vous amène vers une hauteur inaperçue de vous jusqu’alors, quand la verticalité découvre dans un espace cent fois parcouru jusqu’à la nausée, dans la répétition des jours, des attitudes, des paroles, un chemin inconnu, une élévation qui fait appel d’air.
La douceur est un retour sur soi qui invente de l’avenir, à l’image de la spirale. Une révolution ouverte. Elle est une « reprise » au sens où l’entend Kierkegaard : faire retour dans le passé, une possible ouverture à l’inespéré.

Anne Dufourmantelle
Puissance de la douceur