L’homme dit à la femme :
– Je t’aime,
et comment,
comme si je serrais dans mes paumes
mon coeur, comme un objet de verre
faisant saigner mes doigts
le brisant,
à la folie…
L’homme dit à la femme :
– Je t’aime,
et comment,
avec la profondeur des kilomètres,
avec l’immensité des kilomètres,
Cent pour cent
mille cinq cents pour cent
cent fois l’infiniment cent…
La femme a dit à l’homme :
– J’ai regardé
avec ma tête, avec coeur :
avec amour, avec terreur, en me penchant
sur tes lèvres,
sur ton coeur,
sur ta tête.
Et tout ce que je te dis maintenant
c’est toi qui me l’as appris,
comme un murmure dans les ténèbres…
Et je sais aujourd’hui
que la terre
comme une mère
au visage ensoleillé
allaite son dernier enfant, le plus beau..
Mais que faire ?
Mes cheveux sont pris dans ce qui agonise
et je ne puis
en délivrer ma tête
Toi,
tu dois avancer
après un regard aux yeux
du nouveau-né.
Toi,
tu dois avancer, tu dois m’abandonner…
La femme s’est tue.
Ils se sont enlacés.
Sur le sol un livre est tombé.
Ils se sont quittés.

Histoire d’une séparation (1951)
Poésies