Je me suis dirigé vers la chambre. C’était une joie de retrouver l’hirondelle et le manuscrit, mon entassement de livres, mes papiers, mon merveilleux divan-lit ; même si je m’étais absenté qu’une nuit, j’avais l’impression de les avoir quittés depuis trop longtemps, d’avoir délaissé l’unique lieu où je respire vraiment, d’avoir déserté ma solitude, ce point que je conçois comme une étoile.
J’étais ivre et lourd, j’avais mal à la tête, mais c’était un plaisir de vivre, d’avoir de la nuit dans le sang et de vivre en riant. Oui, j’avais tant de nuit en moi que je me sentais comme Dom Juan, dont la soif immense à la fois le tourmente et le protège : les êtres sont presque tous fossilisés ; pas lui.
Il y en a qui demandent des signes, d’autres recherchent la sagesse : quant à moi, je me laisse entraîner par un mouvement qui ne s’ordonne à aucune raison. Est-ce de la folie ? Je ne crois pas ; même au coeur de l’ivresse, lorsque tout se brouille – lorsque mon esprit s’efface -, je distingue une lueur : c’est une ligne discrète, mais elle brille suffisamment pour qu’un sentier s’y creuse.
Alors, peu importe qu’il soit impossible de recevoir ce qui se donne ainsi, peu importe que cette chance ne s’exprime qu’à travers une lumière qui se dérobe : en demeurant allongé dans ma chambre, il m’a toujours semblé que je m’accordais à cette vérité dont on ne peut témoigner que par le silence.

Tiens ferme ta couronne